événement Entretien

Jadis, l’arrivée du cirque, avec ses roulottes, ses fauves et son chapiteau planté sur la place créait l’attraction au village. Evénementielle, la venue de saltimbanques apportait un nuage d’air frais et de culture aux villageois qui, durant le reste de l’année, n’avaient plus qu’à rêver aux lampions éteints et aux bas filés de la trapéziste. Depuis quelques années, d’autres mobiles artistiques se déplacent de ville en ville pour aller à la rencontre d’un public parfois trop frileux pour pousser la porte d’une bibliothèque, monter les marches d’un théâtre ou franchir le seuil du musée.

Vaste projet de société, surtout depuis mai 68, l’accès à la culture pour tous se décline donc sous diverses formes, sachant que l’aspect financier ne constitue pas le seul obstacle à cette démocratisation. Il reste en effet des freins psychologiques parfois difficiles à lâcher.

Voilà pourquoi d’aucuns s’obstinent, avec raison, à partir à la rencontre de l’autre. Comme le font les fameux bibliobus qui amènent les livres aux habitants des coins les plus reculés sur un plateau d’argent.

C’est dans le même esprit que le MuMo, pour Musée Mobile, a vu le jour. Résolument actuel, ce container coiffé d’un immense et intriguant lapin rouge, signé Paul McCarthy, n’est autre qu’un musée d’art contemporain allant à la rencontre des enfants. Il propose une confrontation directe avec des oeuvres spécialement conçues pour eux par 13 grands artistes internationaux, qu’il s’agisse de Daniel Buren, Claude Lévêque ou encore Maurizio Cattelan Ce dispositif original, ludique et spectaculaire a pour vocation de réduire une fracture artistique due à un éloignement géographique, économique et psychologique des musées et centres d’art. A travers une approche inédite, il rend accessible aux enfants un art contemporain souvent perçu comme complexe et élitiste.

Créé voici deux ans en France, ce musée mobile fera pour la première fois escale à Bruxelles grâce aux 75 ans de Flagey et cette première étape bruxelloise inaugure une itinérance en Belgique jusqu’au 13 février. Le Musée Mobile ira d’Anvers à Liège en passant par les Provinces du Hainaut et du Brabant Wallon. Un événement sachant que depuis le début de son itinérance, en octobre 2011, MuMo a parcouru 14 000 kilomètres, visité trois pays (France, Cameroun et Côte d’Ivoire) et accueilli quinze mille enfants. En tout, cinq pays, dont l’Italie, sont retenus pour la tournée qui devrait s’achever en 2013. Ingrid Brochard, fondatrice de L’Art à l’enfance, nous en parle.

MuMo a été créé à votre initiative. Pourquoi avoir imaginé ce projet ?

Je voulais un projet pour l’enfance car quand j’étais petite, je vivais en province et il n’y avait pas de musée près de chez moi. J’ai découvert la peinture grâce aux livres dans la bibliothèque. Il y avait des Boticelli, des Rembrandt et je n’y connaissais rien. On ne m’avait pas initiée à l’art, or pour devenir passionné, avoir une certaine sensibilité, je crois qu’il faut être initié. Aujourd’hui, ma passion, j’ai envie de la partager. J’ai créé un magazine d’art contemporain, "Be Contemporary". J’ai également réalisé des émissions télévisées pour la 8. Mais je voulais aussi diriger ma passion vers les enfants et c’est comme cela que j’ai pensé aux bibliobus. Le musée vient à eux. On se pose dans les cours de récré. Ils ont un contact direct avec l’œuvre. On leur apprend à regarder, à ressentir.

Pourquoi voulez-vous initier les enfants à l’art ?

Parce que l’art est un formidable facteur d’éveil, de pensée, de réflexion, de ressenti. Il permet la connexion à l’imaginaire. Certes, on ne peut pas mesurer ou quantifier ses effets mais il importe de partager les ressentis.

Quelle a été la réaction des artistes face à cette démarche ?

Il est important de souligner ici leur générosité car ils ont créé des œuvres spécialement pour ce projet. Nous avons juste dû payer la fabrication. Lorsque le projet s’arrêtera, les œuvres retourneront à leurs ateliers.

A qui avez-vous fait appel pour la construction du container ?

Nous avons rencontré l’artiste américain Adam Kalkin, spécialiste du container. Il nous a donné l’espace d’exposition et a transformé la structure sur deux étages. Grâce à un système hydraulique, le container se déploie et ce seul déploiement crée déjà l’événement dans la cour de l’école. Les enfants sont en contact direct avec l’œuvre comme avec la toile de Buren. Ensuite, ils marchent sur un sol fabriqué à base de scotch par l’Ecossais - cela ne s’invente pas - Jim Lambie, grand artiste plasticien, pusi ils voient les sculptures de l’Egyptienne Ghada Amer ou la vidéo de l’Iranien Farhad Moshiri.

Pourquoi avoir privilégié l’art contemporain ?

Parce qu’il est intéressant pour les enfants de découvrir des œuvres créées par des artistes qui vivent à leur époque, de marcher sur de l’art, de voir qu’on peut détourner des objets du quotidien. Il y a de plus en plus d’expositions d’art contemporain. De plus, le MuMo est intime. La visite se fait seulement par trois enfants à la fois et dure 45 minutes. Il y a donc une vraie rencontre avec les œuvres, un partage de la sensibilité. Avec le MuMo, ils réalisent aussi que le musée n’est pas poussiéreux, qu’un néon peut faire réfléchir quand l’artiste Claude Lévêque écrit : "Nous irons jusqu’au bout." Au bout de quoi, de qui ? Belle question.