On pourrait parler de réhabilitation du concert classique : avec leur concept de «concert spontané», Vladimir Sverdlov et ses amis ont non seulement rempli, en moins de trois semaines, la salle du conservatoire jusqu'au 3e balcon, mais rassemblé tous les éléments qui font d'un concert un véritable événement. Le public, d'abord, incroyablement nombreux, jeune et diversifié : musiciens et pianistes (en rangs serrés), élisabéthains (plutôt rares), fidèles mélomanes, professionnels du concert (médusés), membres de la communauté russe, enfants; à ceux-ci, Sverdlov dédiait la première partie du concert, vacances de Pâques aidant, ils étaient bien là, tout joyeux, et leurs fugitifs chuchotements ne dérangèrent personne.

Charme et tendresse

Le programme, ensuite, tout de charme et de tendresse en première partie, avec la plus drôle (mais nul ne le savait) des sonates de Beethoven (op.14 n°2), les craquantes «Mélodie», «Pauvre Orphelin» ou «Gai Laboureur» de l'Album pour la Jeunesse de Schumann et les Romances sans paroles de Mendelssohn; tout d'ardeur et de défi, dans la seconde, avec la prométhéenne Sonate de Liszt. Le musicien, enfin, qui, dans ce contexte d'improvisation «logistique», offrit une improvisation artistique et musicale d'une autre envergure encore.

C'est tout son être qu'il jeta dans la musique, sans réserve, sans filet, dans un dénuement et une générosité (cela peut donc aller ensemble) bouleversants. Sverdlov a des moyens immenses - musicaux, digitaux, spirituels. Il circule dans la musique à la fois en explorateur fiévreux et en fils de la maison, il peut tout se permettre. Sa sonate fut une aventure unique - et mémorable -, elle emporta l'auditoire bien au-delà de la musique, à moins que la musique soit cela, précisément, et pourquoi ne l'est-elle pas chaque fois ?

© La Libre Belgique 2004