scènes Critique

En collaboration avec le cinéaste et documentariste Patric Jean, la chorégraphe signe une pièce dont l’ambition, à partir des langages du corps, du mouvement et des images, est de traduire en scène une écriture neuve. Sans pour autant, nous expliquait Michèle Noiret, se ranger dans la tradition narrative. Le spectateur devra donc abandonner ses attentes, fussent-elles informulées, et consentir à pénétrer dans un univers aux accents oniriques. Donc accepter le flou comme principe.

Un flou qui tient moins aux images (les films de Patric Jean au contraire se révèlent plutôt graphiques) qu’à la dramaturgie. On sent les fils sans réussir toujours à les relier. Mais quand arrive la tentative explicite de sens donné - "stop filming ! it’s private !" -, l’allusion à la téléréalité est si claire qu’elle paraît soudain maladroite.

Rien n’empêche cependant de se laisser porter par la conjonction, l’imbrication, voire parfois la contradiction, du cinéma et de la danse, des événements à l’écran et des mouvements sur scène, des lieux filmés et des mêmes reproduits en partie dans les modules qu’on déplacera sur le plateau.

Occupé donc d’abord par des parois - le côté envers des décors -, le très grand plateau du National est surplombé d’un écran beaucoup plus large que haut. Générique. Sont annoncés d’emblée, par ordre d’apparition : Juan Benitez, Lise Vachon, Isael Mata, Marielle Morales et Filipe Lourenço. Une sixième personne est omniprésente sur scène, le caméraman Vincent Pinckaers, qui suit dans tous leurs déplacements les danseurs - traités à nouveau par Michèle Noiret en véritables personnages chorégraphiques.

Le trouble sans cesse se noue entre l’enregistré et le direct, le projeté et le répété. Entre aussi le rêve et la réalité, voire le souvenir, la hantise peut-être d’horreurs passées. Car "Hors-champ" charrie son lot d’obscurité, en usant notamment des gimmicks cinématographiques que sont l’orage et le labyrinthe. Pour, plus tard, se frotter au slapstick dans des élans de presque comédie. Le tout en avouant l’artifice, en assumant l’hybridation, en affirmant la mise en abyme sous tous ses versants. En poursuivant l’illusion, en jouant de l’hallucination.

Il faut souligner, dans cette entreprise de grande précision, la précision des lumières de Xavier Lauwers et l’intensité sans ostentation de la bande-son de Todor Todoroff.

Bruxelles, National (grande salle), jusqu’au 8 mai, à 20h15 (mercredi 8 mai à 19h30). Durée : 1h30 env. De 10 à 19 €. Introduction au spectacle le 7 mai, rencontre après-spectacle le 8 mai. Infos&rés. : 02.203.53.03, www.theatrenational.be