Du 3 février au 17 mars, Liège accueille, une fois n'est pas coutume, un festival d'architecture. Organisé par l'Institut supérieur d'architecture Saint-Luc - dans ses locaux -, il s'adresse aux étudiants, aux professionnels et au grand public.

A l'origine de cet événement, un constat, explique Cédric Libert, un jeune architecte qui enseigne depuis un an à Saint-Luc et coordonne le festival avec Norbert Nelles, directeur de Saint-Luc. «Les étudiants sont en manque de références contemporaines, ils connaissent peu ce qui se fait en dehors de leur ville ou leur province en matière d'architecture, notamment à Londres, New York, dans des pays émergents comme l'Espagne et la Suisse. C'est souvent aussi près de chez eux qu'ils cherchent à réaliser leur stage. Bref, leur univers de perspectives est trop restreint.» Cédric Libert est bien placé pour témoigner de l'utilité de sortir de cet espace étriqué, lui qui a travaillé à Londres avec l'architecte avant-gardiste Zaha Hadid - «l'occasion de se mettre en confrontation, de se mettre en danger». D'autre part, dit-il, «on ne valorise pas assez les réalisations de nos jeunes architectes. Les «projets» de 5e année, en 2004, qui portaient sur l'espace Tivoli (NdlR: situé entre la place Saint-Lambert et la place du Marché, au centre de Liège), étaient d'un niveau très élevé. Certains ont été inscrits dans des grands concours et remporté un prix. Il y a un savoir-faire, mais pas assez de faire savoir La multiplication de concours, ces dernières années (due à la loi sur l'attribution des marchés publics), rend plus accessibles aux jeunes talents les projets publics intéressants, même si ce n'est pas toujours évident.

Ouvrir les perspectives

D'où l'idée d'un festival qui élargisse les perspectives, y compris pour le grand public - qui connaît généralement peu l'architecture contemporaine -, qui questionne la notion d'espace public et de production privée, l'évolution de l'architecture en fonction de notre société (demande de bâtiments plus hybrides et modulables, qu'est-ce qu'un musée aujourd'hui? etc.), dans un pays à la traîne par rapport à ses voisins; et qui donne la parole aux jeunes créateurs.

Le festival accueille cinq conférences et deux expositions. Les cinq «regards croisés», organisés en soirée (19h), mettront à chaque fois en présence trois jeunes bureaux: un de la Communauté française, un de Flandre et un d'un autre pays. Ces architectes de 30-35 ans environ, tantôt vrais débutants, tantôt déjà impliqués dans un gros projet, expliqueront la réalité de leur métier, et pourront ensuite en débattre avec le public, guidés par un modérateur. Et ce à partir d'un thème: la construction d'espaces habités le 17 février, les logiques de négociation le 24 février, la compréhension des mécanismes décisionnels (données politiques, sociales, économiques et culturelles influençant un projet) le 3 mars, la transition de commandes privées à des commandes publiques le 10 mars, les projets publics à caractère culturel le 17 mars (liste des participants sur www.saint-luc.org).

Tribune et «New modeling»

Le public pourra prolonger et élargir le débat avec l'exposition «Tribune», du 17 février au 17 mars(*)

. Elle offre un espace de parole libre (un panneau de 60x20 cm) à 87 jeunes bureaux de la Communauté française.

L'exposition «New modeling», co-organisée avec la faculté de Sciences appliquées de l'ULg, s'ouvre quant à elle ce 3 février, avec une conférence d'Yves Weinand à 19h (*). L'exposition présente des travaux produits dans le cadre d'un atelier d'architecture organisé à l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne, animé par cet architecte et ingénieur belge qui a voyagé et enseigné dans différents pays. Les travaux explorent l'utilisation des nouvelles technologies dans la représentation et la fabrication du monde construit, la transdisciplinarité architecture/ ingénierie... Une vision prospective.

* Les deux expositions sont accessibles de 12 à 18h du lundi au vendredi, et lors des conférences (à 19h). A l'Institut Saint-Luc, 41 boulevard de la Constitution, 4020 Liège. Webwww.saint-luc.org

© La Libre Belgique 2005