La coupe FIDÉ suit son cours et malgré les différentes surprises enregistrées, la logique paraît finalement respectée puisque les huit qualifiés pour les quarts de finale ont tous plus de 2700 points.

Les matches opposent Ponomariov à Gashimov, Svidler à Polgar, Grischuk à Navara et Ivanchuk à Radjabov.

Voici un combat ayant duré pas moins de 112 coups, avec des roques opposés, des sacrifices, des retournements situations, des combinaisons invraisemblables, des pats, des mats et finalement une fin de partie compliquée Une grosse bagarre quoi !

Blancs : Leinier Dominguez

Noirs : Judith Polgar

4e tour, 2e partie.

Khanty-Mansiysk, le 7 septembre.

1. e4 c5 Judith avait perdu la partie précédente avec les Blancs, ce qui l'obligeait à gagner celle-ci pour rester dans le match. 2. Cf3 Cc6 3. d4 cxd4 4. Cxd4 Db6 Une invention de Louis Paulsen, l'un des pionniers de la défense sicilienne. La Dame joue une première fois pour refouler le Cavalier adverse, puis recule d'elle-même sur c7 afin d'occuper la colonne -c- et observer l'importante case e5. 5. Cb3 Cf6 6. Cc3 e6 7. Fg5 Un coup inhabituel. De nombreux experts, dont le champion du monde, V. Anand, continuent ici par 7. De2 ce qui permet ensuite d'effectuer le grand roque et de lancer un assaut à la baïonnette via g4-g5. 7... a6 8. Df3 Fe7 Voici déjà une position qui ne figure dans aucun manuel théorique... 9. Dg3 d6 10. 0-0-0 0-0 Finalement une sicilienne comme on les aime : avec des roques opposés et des chances pour les deux camps. 11. Rb1 Td8 12. f4 Dc7 13. Fd3 b5 Si tu ne viens pas à Lagardère, 14. Dh4 Lagardère viendra à toi ! Dominguez crée une batterie vers h7. Il menace de pousser e5 ou peut-être même de sacrifier le Cavalier sur d5. 14... h6 Regarde-moi dans les yeux lui dit-elle... 15. Fxh6 gxh6 16. Dxh6 Menaçant de transférer une Tour sur la troisième traverse (Th1-e1-e3-g3). Mettez-vous un instant à la place de Judith qui devait à la fois parer ces menaces et contourner aussi les variantes de nullité ! 16... Ce8 La garde meurt mais ne se rend pas : 16... Cg4 17. Dh3 Cf6 18. Dh6 ne pouvait évidemment lui convenir. 17. e5 Dominguez n'a pas vu le 19e coup noir ou alors il l'a sous-estimé. Le plus fort était : 17. Cd5 ! exd5 18. exd5 etc. 17... f5 18. Fxf5 exf5 19. Cd5 Ff8 ! A nouveau la meilleure chance ! Si plutôt 19... Da7 alors 20. Td3 Ff8 21. Tg3+ Fg7 22. Cf6+ Rf8 23. Ch7+ Rg8 24. Cf6+ avec échec perpétuel. 20. Cxc7 Fxh6 21. Cxa8 Fxf4 22. exd6 Fxd6 23. Cb6 Fe6 Les Noirs ont pris deux Fous contre Tour et deux pions. Les forces se valent, mais le combat reste possible. 24. Cd5 Rf7 25. Ce3 Cf6 26. g3 Ces derniers coups sont peut-être discutables, mais il n'y a objectivement aucune raison de les critiquer aussi longtemps que la position reste nulle. 26... Cg4 27. Cxg4 fxg4 Un premier atout, car ce pion en tient deux en respect. 28. Cd4 Cxd4 29. Txd4 Fc7 30. Tf1+ Re7 31. Te4 Il conserve les deux Tours pour rester actif et se débarrasser progressivement de tous les pions noirs. 31... Tg8 Elle consolide l'édifice pour garder la partie en vie. Si 31... Th8 32. Tfe1 Th6 33. Txg4 etc. 32. a4 Fd6 33. axb5 axb5 34. Tf5 b4 35. Th5 Tg6 36. h3 gxh3 37. Txh3 Rd7 38. Th7+ Un premier coup dans la mauvaise direction. Le plus simple était apparemment : 38. g4 Txg4 (ou si 38... Fxg4 39. Th4 Fe6 40. b3 suivi de Txb4) 39. Th7+ Fe7 40. Txg4 Fxg4 41. b3 Rd6 42. Txe7 Rxe7 43. c3 bxc3 44. Rc2 et nulle. Cependant 38. Thh4 était également jouable. Le plus important étant encore d'éliminer le dernier pion noir. 38... Rc6 39. b3 Fd5 40. Te3 Le joueur qui n’a pas l'impression d’avoir commis de faute, est souvent déstabilisé lorsqu’apparaissent les premières difficultés. Ceci parce que ces deux notions sont évidemment contradictoires : on ne peut à la fois avoir bien joué et se retrouver en mauvaise posture. C'est ce sentiment qui nous amène à minimiser le danger : on croit d’abord que deux ou trois coups précis suffiront à le conjurer, qu'il s'agit là d'un effet du hasard et quand on est enfin prêt à prendre les mesures qui s'imposent, il est généralement trop tard, et ce depuis bien longtemps. Dominguez sait de quoi deux Fous sont capables, encore plus sur un échiquier dégagé, mais il juge sa position encore assez solide que pour y résister sans grands efforts. C'est pourquoi il ne songe pas encore à rejoindre la fameuse fin de partie avec Tour contre Tour et Fou, théoriquement nulle, mais exigeant une défense délicate. Il se dit que les choses ne sont pas encore au point d'en arriver là, mais il se trompe... Il y avait donc notamment : 40. Teh4 Fxg3 (40... Txg3 41. T7h6 Rc5 42. Txd6 Rxd6 43. Txb4) 41. Txb4 Fe5 42. c3 Fxc3 43. Tc4+ (43. Ta4) 43... Fxc4 44. bxc4 etc. 40... Fxg3 41. Ta7 Tg4 42. Ta4 Ff4 43. Te1 Fd2 44. Td1 Fc3 Le Roi est pris dans un réseau de mat. Subitement, les Blancs sont perdus.

(suite la semaine prochaine)

Grand Maître International.