nouveau lieu Présentation

Si Bruxelles n’a plus, pour l’instant, de musée d’Art Moderne, les initiatives privées se multiplient. On ne compte plus les lieux d’art qui s’ouvrent. Le dernier en date : l’Institut Bruno Lussato et Marina Fedier qui ouvrira ses portes au grand public deux après-midi par semaine, à partir du 30 mai et continuera par ailleurs ses activités de conférences, ateliers et concerts. Alors que les lieux nouveaux, souvent ouverts par des Français, tablent sur l’art contemporain, ici, l’initiative, venue aussi de France, est centrée sur l’art japonais. Avec en prime une superbe maison Art Déco, de l’architecte Antoine Pompe (1873-1980), le disciple de Victor Horta, entourée d’un beau jardin de 80 ares, à Uccle, près de Rhode-Saint-Genèse.

On retrouve à la direction générale du lieu, Constantin Chariot, qui dirigea les musées de Liège et fut directeur de la maison de ventes Pierre Bergé à Bruxelles. Il était arrivé en tête des examens pour diriger le Cinquantenaire, ex aequo avec Michel Draguet, mais on sait que depuis lors, ces examens ont été annulés et reportés sine die. Constantin Chariot a alors opté pour cet institut niché dans la banlieue bruxelloise.

On entre dans un beau jardin vallonné, riche d’arbres anciens, avec, à cette saison, un magnifique magnolia en fleurs. Au centre, une grande maison Art Déco, construite en 1926 par Antoine Pompe pour l’agent de change bruxellois Grunewald (un ami de Van Buren). La maison est un exemple du style Bauhaus d’avant-guerre, un peu éclectique. Une maison de maître, inondée de lumières, que l’Institut a meublé ces derniers mois de meubles Art Déco, formant un ensemble homogène d’une grande beauté. Constantin Chariot prépare déjà l’extension de l’Institut avec la construction prévue pour 2015, d’un auditorium d’une centaine de places, enterré dans le creux du jardin et surmonté d’un grand jardin japonais couvrant une large partie du jardin, dessiné par l’architecte paysager Naruse Hiroshi. Une maison de thé sera construite aussi, au bout du jardin. L’échevin d’Uccle pour l’urbanisme a déjà marqué un accord de principe, explique M. Chariot.

Dans toutes les pièces de la maison, aménagées pour recevoir des concerts, des réunions, la cérémonie du thé ou pour loger des étudiants boursiers, on trouve de l’art Mingei, l’art populaire japonais. L’institut veut entre autres, devenir un centre d’études et de recherches sur cet art qui porte sur la beauté des objets du quotidien (crochets de poulie, nasses, poteries, établi de laquage, etc.). L’art Mingei est né au Japon en 1925 pour la revalorisation d’un artisanat issu d’une longue tradition, prônant le réveil des traditions et la beauté dans les objets de tous les jours, fabriqués en céramique, en bois, en laque, en ferronnerie et en textile. L’équivalent japonais du mouvement Arts & Crafts anglais. Un de ses inspirateurs, le poète et philosophe Soetsu Yanagi définissait ainsi le mouvement : "Il doit être modeste mais non de pacotille, bon marché mais non fragile. La malhonnêteté, la perversité, le luxe, voilà ce que les objets Mingei doivent au plus haut point éviter : ce qui est naturel, sincère, sûr, simple, telles sont les caractéristiques du Mingei."

Cette collection, actuellement de 300 pièces, est une des cinq plus importantes en Europe pour l’art Mingei, nous dit Constantin Chariot qui a le budget pour continuer à la faire grandir.

Peu avant sa mort en 2009, Bruno Lussato (lire ci-contre) acheta cette maison uccloise avec sa sœur Marina Lussato-Fedier. Sa sœur continuant aujourd’hui, seule, cette mission culturelle autour de l’œuvre de son frère et autour de cet institut.

Dans la maison, on découvre encore dans le hall des kimonos, une robe de théâtre No avec des fils d’or, un rare costume de fauconnier en daim dont les impressions en damier ont été réalisées par fumigations. On retrouve des céramiques, y compris des pots cassés et rapiécés en laissant bien visibles l’empreinte des brisures. On y voit des masques pour les différents types de théâtre, des ex-voto, de l’art floral (Ikebana). À l’étage, une pièce sombre devrait abriter les œuvres sur papier et on y verra aussi des expos d’art contemporain japonais.

Institut Bruno Lussato et Marina Fedier. Les collections et les jardins sont accessibles à partir du 30 mai, les jeu. et dim. de 14 h à 17 h, avec des visites guidées. 52-54 av. de la Sapinière 1180 Bruxelles. Rens. : 02.372.38.03 ou www.brunolussatoinstitute.be.