Renflouer et ramener chez nous le Belgica, mythique navire de la recherche et de l'exploration scientifique dans l'Antarctique, cher à Adrien de Gerlache et à sa famille est un rêve qui pourrait un jour devenir réalité. Certes, on en est encore loin parce que pareille opération nécessite d'importants investissements mais quand on a la foi qui soulève les montagnes, impossible n'est plus vraiment belge.

Une étape a en tout cas été franchie la semaine dernière: deux passionnés d'archéologie maritime, Thomas Termote, chercheur ostendais des profondeurs et Nicolas Mouchart, un photographe bruxellois qui a la passion des terres lointaines ont pu filmer et photographier l'épave du premier bateau à avoir hiverné en Antarctique dans les eaux de Harstad, au nord-ouest de la Norvège où il avait été coulé au début de la Seconde Guerre mondiale par les Allemands.

Le bombardement du 19 mai 1940 visait en fait les réserves pétrolières de la Standard Oil et le Belgica pouvait donc être rangé parmi les dégâts collatéraux. Une petite catastrophe en tout cas pour tous ceux qui avaient fini par retrouver le navire de l'expédition.

Il faut dire que ce dernier connut des sorts divers. Initialement, il ne s'appelait d'ailleurs pas Belgica mais Patria. Armé pour affronter les glaces, il devint aussi le lieu de rencontre des principaux explorateurs de l'époque qui décidèrent d'unir leur destinée à de Gerlache. Parmi eux, un certain Roald Amundsen qui n'était pas encore connu à la fin des années 1890. Helmer Hansen devait aussi faire un petit tour à bord malgré l'interdiction qui lui en avait été faite par Adrien de Gerlache. L'espionnage industriel n'a vraiment rien de contemporain!

Après l'expédition de 1897, il était retourné à Anvers mais était revenu dans le grand Nord dans les premières années du XXe siècle. En 1916, vendu en Norvège, il fut rebaptisé Isfjord. Sa destinée changea aussi: finies les expéditions, voici le temps du transport de marchandises et de la pêche. Il fallut cependant attendre 1990 pour que l'on retrouve l'épave mais ce n'est qu'en juillet de l'an dernier que l'on confirma officiellement qu'il s'agissait bien du Belgica!

«Avec Thomas Termote, nous nous sommes finalement aventurés dans ce qu'il en reste», explique Nicolas Mouchart, encore tout ému de son expédition. Il faut dire que la plongée ne fut pas sans périls car la vermine sous-marine a amplement fait son oeuvre et il n'est pas du tout certain que le bois puisse survivre à un changement de conditions naturelles.

La passion du Grand Nord

«Ayant déjà réalisé des films sur le Spitzberg, sur le Groenland et sur des icebergs, je me sens très proche de cet univers fascinant. On ne doit pas oublier qu'on était là, imaginez donc, dans le bateau qui a, le premier, réussi à hiverner en Antarctique dans des conditions inimaginables aujourd'hui. Pensez donc: ils n'avaient pas d'assistance perfectionnée comme aujourd'hui et, évidemment, pas de téléphone satellite. Qui plus est, ils n'avaient pas de téléphone tout court!»

Les images ci-dessus sont suffisamment éloquentes pour comprendre que le duo qui s'est rendu sur place a vécu une expérience unique. Il ne faudrait cependant pas croire que la balle est désormais dans le camp de ceux qui, avec l'association Belgica, voudraient le renflouer: l'épave est encore remplie de mines et il reviendra donc aux autorités norvégiennes de procéder à l'indispensable déminage.

© La Libre Belgique 2006