Vive le rattachisme!

Bruno Coppens Publié le - Mis à jour le

On a retrouvé un homme sur une plage. Il errait solitaire, l'air mélancolique, déboussolé, le regard dans le vague. Quand les policiers se sont approchés de lui, il n'a pas bougé, juste secoué la tête de haut en bas comme pour dire «oui»... Mais il n'a pas parlé. Quelqu'un lui a tendu un papier sur lequel était dessiné un piano alors il a fait «oui» avec la tête.

Placé devant un clavier, il ne s'est pas mis à jouer mais il a secoué la tête pour dire «oui». Les psy lui ont posé plein de questions auxquelles il répondait toujours de la tête oui oui oui...

Alors les journaux, les télés et les radios ont diffusé son portrait et lancé un appel mais personne n'est venu le réclamer... Jusqu'au jour où est arrivée une dame, assez petite et fort maquillée, avec un sac à la main remplie de petites pièces jaunes, elle a dit s'appeler Bernadette. Elle s'est approchée de l'inconnu et a juste dit: «Viens, Jacques, on rentre à la maison.» Et il a répondu... Non!

Chirac a connu son Heysel, il est effondré. Et la France est désemparée, déconfite, des conflits d'intérêt l'ont coupée en 2. C'est l'affront populaire. Mais ça étonne qui finalement?

Les Français pressentaient que leur vote allait secouer toute l'Europe! Il n'en fallait pas plus pour qu'ils se donnent de l'importance, se gonflent du cou, un cou déjà déformé tant ils sont hyper-trop-fiers! Quand on a le nombril de la taille du trou de la couche d'ozone, voilà ce qu'on obtient: un merde à l'Europe!

Aujourd'hui, la France est montrée du doigt par les 25 pays et ça lui fait mal à son ego de perdre son leadership à cause d'un leader cheap. Ah ça! On ne peut pas plaire à tout le monde en parle, hein, Messieurs les Français!

Alors je me dis que c'est le moment, c'est l'instant de reparler du... rattachisme! Evidemment! Profitons-en! Chirac est sonné et les politiciens sont tous aussi sonnés... De François Hollandemains qui déchantent à Jack à la Langue de Blois, de Jean-Nazi Le Pen à Philippe... De Villiers ce qu'ils vont chanter? «Sonnez les Matign... on!» On vire le Jean-Pierre qui Rafla rien! Y'a juste le petit Nicolas qui chante, lui, «Sarkosy fan tutte!» Alors avant que s'opère une nouvelle sélection de leaders digestes, provoquons le rattachisme... Mais à l'envers! Oui, rattachons la France à la Wallonie! Quoi? Vous rigolez?

Mais pourquoi la France, à genoux, ne désirerait-elle pas se rattacher à nous? Je vous rappelle qu'il est loin le temps où le p'tit Belge faisait rire le Français pour ses moules et ses frites et son gros accent mayonnaise! Fi-ni! Maintenant, ils ne rient plus de nous mais avec nous. Poelvoorde, Benoît 1er le pape du rire dans l'Hexagone! Et après les avoir fait rire, on a commencé à leur faire peur aux Français avec Marc Dutroux, et puis on les a aussi humiliés avec toute la famille Dardenne, les Frères avec leurs paires de palmes et la soeur avec sa raquette, Justine Hénin-Dardenne de Monaco. Et maintenant, on les fait fantasmer avec Seraing, la similicone vallée wallonne! Notre région est tellement attractive (Walibi, Paradisio, la piste 02, Bxl-Hal-Divorce,...)... Je vous le dis, le rattachisme n'est pas loin! Alors aidons notre voisin en difficulté (3 millions de chômeurs, Giscard toujours en activité, Navarro à la retraite, Francis Lalanne en tournée,...)! Et même si la langue demeure une barrière, on saura pouvoir faire avec! Prenons la France sous notre aile, ne fût-ce que pour voir la tête que tireront les Flamands se retrouvant soudain face à un partenaire représentant non plus 4 millions et demi de francophones mais près de 65 millions d'habitants! Ah ah! Je jubile déjà! Imaginez, le nouveau rapport de force...

La Flandre toute rikiki face à notre grande communauté rebaptisée «Communauté Wallonie-Bruxelles-France-Corse». Imaginez, le lion des Flandres, la queue entre les jambes, ne revendiquant plus rien, débranchant le frigo BHV et le jetant à la décharge, reparlant soudain le français dans tous les magasins de la côte, souhaitant que le concours Eurovision ne soit organisé par eux que toutes les années bissextiles, proposant eux-mêmes que le prochain Premier ministre soit José Happart! Ah! Imaginez... Quel bonheur...

Le problème sera évidemment de choisir la capitale de cette nouvelle grande nation francophone. Sera-ce Namur, capitale monseignoriale? Mons, capitale éliodiruppapale? Rochefort, capitale zygomaticale? Binche, capitale immatériale?... Hou la... Ça va faire mal... Je crains que le projet rattachiste ne soit belge et bien mort-né ou alors... Si on faisait un référendum? Hum?

© La Libre Belgique 2005

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