On l'oublie trop: le droit de vote pour tous est une longue histoire belge; il ne fut pas acquis sans luttes, parfois violentes.

Notre système électoral fut d'abord censitaire: seuls votaient ceux qui possédaient un certain niveau de fortune. Ce niveau leur valait de payer un «cens» - un impôt. Moins de 5pc de la population prenaient part au vote.

Le suffrage plural fut introduit en 1893. Tous les hommes pouvaient voter, mais tous n'étaient pas égaux devant les urnes: chacun disposait d'une à trois voix, selon le niveau de ses revenus et le degré de son instruction. Le vote devint alors obligatoire; et l'on passa du scrutin majoritaire au scrutin proportionnel.

Le suffrage devint universel en 1919: «un homme, une voix». Ce fut au prix d'une pression sociale continue et par égard aux sacrifices encourus lors de la Première guerre mondiale. Mais l'appellation est trompeuse: «universel», c'est «universel masculin».

1949 SEULEMENT, POUR LES FEMMES

L'émancipation électorale des femmes aussi se fera par étapes.

On commença, en 1920, avec le droit de vote et d'éligibilité aux élections communales... sauf pour les prostituées et les femmes adultères (sic). Suivit, avant même l'octroi du droit de vote, l'octroi d'éligibilité des femmes à la Chambre en 1920 et au Sénat en 1921. Mais il fallut attendre 1948, c'est-à-dire les souffrances d'une autre guerre, pour reconnaître le droit de vote des femmes aux élections législatives. La première application suivrait l'année suivante, en 1949.

C'est en 1981 que le droit de vote fut abaissé de 21 à 18 ans; en 1993 que le droit d'éligibilité fut abaissé à 21 ans (élections européennes, législatives et régionales) ou à 18 ans (élections communales et provinciales); en 2003 qu'il le fut à 18 ans pour les élections régionales - avec première application ce dimanche (p.XI).

À L'ÉTRANGER, AUX ÉTRANGERS

Mais les dernières années furent surtout marquées par l'internationalisation de notre droit de vote, naguère cantonnée aux élections européennes.

D'une part, les Belges qui résident à l'étranger ont vu reconnaître leur droit de participer pour la première fois aux élections législatives en 1999 (en théorie) puis en 2003 (en pratique). Ce droit ne leur a pas (ou pas encore) été accordé pour le scrutin régional.

D'autre part, sous la pression notamment du traité de Maastricht (qui a découplé droit de vote et condition de nationalité), on a ouvert, aux étrangers en Belgique, la porte des élections communales. On l'opéra, moyennant 33 ans (!) de débat, en 2 étapes. D'abord, le droit de vote et d'éligibilité pour les ressortissants européens, qui a été étrenné aux communales de 2000; ensuite, le seul droit de vote pour les autres étrangers, qui sera étrenné aux communales de 2006.

© La Libre Belgique 2004