Bruxelles, une magnifique vitrine pour les Flamands
- Publié le 09-12-2004 à 00h00
ANALYSE
Il y a environ 20 ans, vers le milieu des années 80, le président du gouvernement flamand, le CVP Gaston Geens -initiateur de la foire industrielle Flanders Technology et auteur du slogan de la Belgique à deux vitesses- avait déclaré dans un discours au Vlaamse Raad que les francophones, par manque de moyens, délaisseraient un jour Bruxelles et que la capitale du pays tomberait alors, comme un fruit mûr, dans les mains des Flamands.
Récemment, lors des âpres négociations autour de DHL, toute la classe politique flamande avait estimé que pour préserver le sommeil des Flamands, il fallait favoriser les routes du ciel qui passent au-dessus de la capitale.
Toute l'ambiguïté de la politique flamande à l'égard de Bruxelles est là: les Flamands ont fait de Bruxelles leur capitale dont ils se servent comme étendard pour propager l'image de la Flandre à l'étranger. Mais, fondamentalement, les hommes politiques flamands, ceux qui vivent en Flandre en tout cas, se fichent pas mal de Bruxelles qu'ils considèrent, au mieux, comme une ville de bourgeois francophones unilingues.
Les hommes politiques flamands ont très tôt compris les avantages qu'ils pouvaient retirer de Bruxelles, ville francophone où ne vivent que 14 ou 15pc de Flamands. Tandis que les francophones commettaient l'erreur historique de se replier en Wallonie et d'installer à Namur les institutions politiques de leur Région naissante, les Flamands décidaient d'investir Bruxelles et d'associer le nom de la capitale belge et européenne au destin de leur Région. A coûts de milliards d'anciens francs, les hommes politiques flamands ont ouvert des vitrines prestigieuses de la Flandre à Bruxelles. Pendant que la Communauté française était hébergée au Sénat, pendant qu'à Namur le Parlement wallon campait dans un ancien théâtre puis s'installait dans un lieu étriqué, la Communauté flamande déployait ses fastes à deux pas du Parlement fédéral. Cette politique d'acquisition ne s'est jamais démentie. Un peu plus tard, la Flandre installait à deux pas du Cercle gaulois, situé au coeur du parc royal, un cercle flamand tout aussi sélect, la Warande où défilent les hommes d'affaires du monde entier invités de leurs amis flamands. A un jet de pierre, entre le Palais royal et le siège de l'ancienne société générale, un hôtel particulier est devenu la résidence de fonction du Premier ministre flamand. Alors qu'on croyait la très jolie place des Martyrs vouée à la pelle de démolisseurs ou à la mérule, le gouvernement flamand installait ses cabinets ministériels sur une place qui, peu à peu, a retrouvé son lustre d'antan.
On pourrait prolonger la liste, épingler les rénovations flamboyantes des lieux culturels flamands, évoquer, dans un autre domaine, l'équipement sophistiqué des écoles flamandes de Bruxelles... de plus en plus fréquentées par les francophones. La réalité est là: les Flamands investissent à Bruxelles et pourtant, dans le discours des hommes politiques flamands, on ne trouve souvent que dédain à l'égard de la capitale.
Dans le monde politique flamand, le cas de Bert Anciaux, auteur du coup de force sur Flagey, est un peu particulier. Bruxellois pure souche, il fait partie de ces vrais Flamands de la capitale, ceux qui ont fait des environs de la rue Dansaert, où s'exposent les grands couturiers flamands, leur quartier général. Il doit être, avec une Annemie Neyts (VLD), un véritable amoureux de Bruxelles. Mais ce sont des espèces rares dans les partis politiques flamands pour qui Bruxelles doit être la luxueuse couverture d'un album photo entièrement dédicacé à la Flandre.
© La Libre Belgique 2004
