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Un extraordinaire joyau

G.Dt

Mis en ligne le 07/02/2006

Le palais Stoclet, oeuvre maîtresse de l'art et l'architecture du vingtième siècle, l'archétype de la «Gesamtkunstwerk».

Le palais Stoclet, avenue de Tervuren, à Bruxelles, est une oeuvre maîtresse de l'architecture mondiale qui abrite de plus, de fabuleux trésors. La baronne Anny Stoclet, morte en 2002, à 94 ans, belle-fille d'Adolphe et Suzanne Stoclet, faisait splendidement vivre cette maison du grand architecte Josef Hoffmann. Elle la maintenait dans son unité unique, originale et totale. Elle était aussi une grande mécène des arts et en particulier de la musique.

Adolphe Stoclet, ingénieur, directeur à la Société générale, grand industriel, mécène et proche de Léopold II, avait rencontré l'architecte viennois Josef Hoffmann (1870-1956), qui était avec Adolf Loos et Otto Wagner le maître de la «Sécession viennoise». Il avait envisagé de se faire construire un palais à Vienne avant de venir à Bruxelles où se trouvait dorénavant l'essentiel de ses affaires. La construction dura 5 ans, de 1906 à 1911. Le résultat est fabuleux et est resté intact. Ce contemporain d'Horta conçut un bâtiment comme une oeuvre d'art complète: l'extérieur avec plaques de marbres, profilés dorés, grands cubes et l'intérieur imaginé par Hoffmann jusqu'au moindre luminaire, carrelage ou bouton de porte et réalisé avec l'aide d'une pléiade d'artistes et d'artisans: la «Wiener Werkstãtte», l'atelier viennois.

Il avait reçu un budget illimité. Franz Metzner a placé ses oeuvres sur la grande tour de la maison (servant d'escalier). Partout, l'architecte a choisi les meilleurs marbres, les bois les plus rares venus des colonies, les cuirs les plus raffinés. La grande salle à manger est décorée par deux extraordinaires frises en mosaïque de Gustav Klimt («L'attente» et «L'accomplissement») et une frise abstraite au bout de la pièce. Jusqu'à sa mort, la baronne Stoclet recevait ses invités dans de la vaisselle et de l'argenterie dessinées par Hoffmann. Bref, un chef-d'oeuvre de l'art nouveau. Adolphe Stoclet était un grand collectionneur. Le Palais abritait en plus, des merveilleuses collections largement dispersées depuis au gré des successions. Mais ce qui reste est somptueux.

Lamée d'or et coiffée d'aigrettes

Le fils d'Adolphe Stoclet s'est marié avec Anny Stoclet, maîtresse femme, d'une très grande classe, très élégante, sophistiquée, s'intéressant beaucoup à l'art et la musique. Cet intérêt pour la culture se retrouve chez plusieurs de ses filles. La baronne Stoclet a reçu dans la salle de musique de chambre, conçue par Hoffmann, nombre de très grands artistes, comme elle a accueilli les amis d'Ars Musica dont elle était la présidente d'honneur. La biographie de Josef Hoffmann par Eduard Sekler, éditée chez Mardaga, parle longuement de la maison Stoclet: «Sur les pages du livre d'or de la famille Stoclet (dessiné par Hoffmann) on peut lire les noms de nombreuses personnalités de la vie culturelle française: Cocteau, Anatole France, Sacha Guitry, Diaghilev, Strawinsky. Et un témoin oculaire se souvient que souvent, un public choisi était invité dans son théâtre pour découvrir un artiste encore inconnu: une danseuse indienne, un pianiste russe, un compositeur français ou un acteur...» Adolphe Stoclet avait épousé Suzanne Stevens, séduisante jeune parisienne et nièce du peintre Alfred Stevens, «contre l'avis de sa famille fort liée à la banque et à la finance». Un témoin se souvient de Suzanne Stoclet «descendant le grand escalier, lamée d'or par Poiret et coiffée d'aigrettes, au côté d'Adolphe Stoclet, droit dans sa barbe symétrique et lustrée d'Assurbanipal, dans un décor de marbres, avec des divinités bouddhiques, un torse Khmer, des rois égyptiens et une tête de Darius».

© La Libre Belgique 2006

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