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Photographie
Excès de pudeur ou geste d’illuminé ?
P.MK.
Mis en ligne le 26/09/2006
Réaction d’un illuminé, excès de pudeur mal venue ? Xavier Canonne, le directeur du Musée de la photographie de Charleroi, en était encore, hier, réduit aux suppositions, faute d’avoir reçu la moindre revendication, après le lancer de cocktails Molotov dont le musée a été la cible. Lundi matin, la vaste photographie illustrant l’exposition rétrospective Araki a été découverte partiellement endommagée.
Elle représente une Japonaise nue, le sexe caché de plumes, les bras gantés et les jambes gainées de bas noirs. La bâche qui la recouvrait a fait office de trampoline : les projectiles y ont rebondi sans occasionner de dégâts majeurs. Bien sûr, l’exposition Araki peut avoir de quoi surprendre. Le livre d’or disposé à l’entrée du Musée témoigne de sentiments partagés, mais le plus souvent positifs tandis que d’autres, moins nombreux, font état de ce qu’ils ont été choqués. A quoi Xavier Canonne explique qu’il a voulu d’emblée afficher la couleur : la photo visée l’autre nuit avertit le public.
Le Musée de la Photographie a refusé de jouer l’hypocrisie en présentant en extérieur une photo de fleur, comme il en est dans l’œuvre d’Araki, avec le risque de voir certains parents se déclarer surpris et outrés parce que leurs enfants découvraient. Il se dit qu’une pétition a circulé chez certains commerçants du quartier, mais Xavier Canonne reconnaît ne pas l’avoir reçue. Dans le même temps, il affirme sa résolution de ne pas se laisser impressionner : “Il n’est pas question, dit-il, de retirer cette photo de la façade”.
Et si certains spectateurs se disent heurtés, il s’étonne : “Comment ne pas s’indigner d’un extrémisme qui s’en prend aux images comme dans les pires théocraties ? Il est à déplorer que certaines photographies placardées auparavant par le Musée n’aient pas suscité une telle indignation : la guerre, la misère, les mines antipersonnel seraient-elles plus acceptables au XXIe siècle que la représentation d’un corps de femme ?”.
Il y va aussi d’une suggestion à ceux qui persisteraient dans cet excès de pruderie : il disposent de voies légales, comme celle d’un dépôt de plainte auprès du Parquet de Charleroi. De son côté, le directeur du Musée de la photographie a déposé plainte contre X, parce que, sans le surestimer, il ne saurait être question de laisser passer un tel incident.
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