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Exposition
Citoyen du monde
Claude Lorent
Mis en ligne le 08/11/2006
A cette transhumance devenue perpétuelle, volontaire, ou forcée et en forme de survie pour d'autres, s'oppose actuellement de manière de plus en plus oppressante un retour des nationalismes voire des régionalismes avec une dose croissante de xénophobie. Comment vivre cette contradiction d'ouverture et de repli quand on se sent ou on a envie de se sentir citoyen du monde ? Jamais il n'a été autant question de mixité, voire de métissage, de dialogue et pourtant les territoires géographiques ou culturels sont bien gardés.
Identité musicale
Un plasticien italien, Luca Vitone, proclamant qu'il est partout chez lui, s'interroge sur cette situation et amorce une autre approche des notions de patrie, de frontières, d'identité nationale ou culturelle.
Quelque peu cacophonique sur le plan sonore, l'une de ses interventions, Sonorizzare il luogo (sonoriser le lieu), évoque les diasporas de minorités culturelles européennes à travers des répartitions géographiques ne correspondant en rien à des territoires précis d'où sont issus les ressortissants de ces minorités. Selon ce point de vue, la véritable identité des Basques, Catalans, Tziganes, Lapons, Sardes ou... Flamands serait musicale mais nullement territoriale.
L'artiste s'intéresse aussi aux communautés qui peuplent généralement les grandes villes et coexistent souvent sans cohabiter, les quartiers des uns n'étant pas ceux des autres. À l'occasion d'une exposition, il a invité des Tziganes à partager le repas et la fête d'une communauté artistique italienne de Cologne. Tous étaient chez eux et pourtant tous étaient étrangers en cette ville à laquelle ils s'identifient. Photos et vidéos témoignent de ces rencontres provoquées.
Regroupement distinctif
Touchant un phénomène social actuel vérifiable dans la plupart des grandes villes des pays européens, il a réuni à Milan, mais cela aurait pu être ailleurs, les publications en arabe des différentes associations musulmanes. Ces entités ne sont en rien nationales puisque la plupart des adhérents sont italiens et proviennent de pays différents, pourtant elles se caractérisent par une identification des individus et un regroupement distinctif.
A partir de démarches citoyennes comme celles-là, d'interventions cartographiques, de photographies, d'installations : une voiture en panne sur un lit de sable en souvenir d'un premier voyage, d'évocations de traditions culinaires, de propositions de drapeaux sur le fond noir symbolisant l'esprit libertaire de l'anarchie et reprenant la roue rouge des Tziganes devenue celle du nomadisme, de toiles presque blanches imprégnées des traces des intempéries de Rome, de propositions d'itinéraires libres et utopiques, d'expressions de rêves, Luca Vitone déstabilise quelques stéréotypes ordonnant le monde et la société.
© La Libre Belgique 2006
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