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Anniversaire
Le contrat du millénaire
Guy Duplat
Mis en ligne le 20/05/2008
Il y a juste 500 ans, en mai 1508, le pape Jules II (Giuliano della Rovere) signait avec Michel-Ange (1475-1564), la commande du nouveau plafond de 550 mètres carrés de la chapelle Sixtine, pour la somme de 3 000 ducats. La genèse d'une oeuvre absolue de l'histoire de l'art.
Michel-Ange, alors âgé de 33 ans, était pourtant réticent. Il se sentait plutôt sculpteur que peintre et voulait se consacrer à la préparation du somptueux futur tombeau de Jules II pour lequel il comptait travailler cinq ans et obtenir 10000 ducats. Mais le Pape changea d'idée et voulait d'abord construire Saint-Pierre. Michel-Ange furieux, vexé de ne pas être reçu par le Pape, désobéissant à ses injonctions, était reparti à Florence.
Sous la direction de Jules II, Michel-Ange devra sans cesse interrompre son travail pour le tombeau afin d'effectuer de nombreuses autres tâches. La plus célèbre d'entre elles est cette peinture monumentale du plafond de la chapelle Sixtine. Quant au tombeau, Michel-Ange y travailla durant quarante ans mais sans l'achever, à cause de ces interruptions.
Taxer les prostituées
Michel-Ange travailla pendant 4 ans (1508-1512) de manière acharnée et dramatique à ce plafond magnifique. Et le 1er novembre 1512, Jules II put célébrer la messe dans la chapelle. On sait que 23 ans plus tard, lorsque Michel-Ange avait déjà 60 ans, le Pape Clément VII fit à nouveau appel à lui pour peindre le jugement dernier qui remplit tout le mur du fond. A nouveau, un travail de Titan qui dura six ans.
La chapelle Sixtine tire son nom de son bâtisseur Sixte IV (1471-1484), un Pape controversé qui guerroya beaucoup et eut l'idée de taxer les prostituées et les prêtres concubinaires de Rome, ce qui rapporta au Saint-Siège des sommes considérables. Il offrira la pourpre cardinalice à ses trois fils. Dès le début, cette chapelle servit lors des élections papales, rôle qu'elle remplit toujours. Il fit décorer les murs par les grands artistes de l'époque : le Pérugin, Botticelli, Ghirlandaio. Mais en 1504, une énorme fissure déchira le plafond et la chapelle ferma durant six mois pour les réparations. Et il fallait refaire le plafond. C'est alors que Jules II pensa à Michel-Ange pour embellir encore la chapelle construite par son oncle.
Michel-Ange a peint, dit-on, tout le pafond seul, aidé juste par un assistant qui broyait ses couleurs. Un fait exceptionnel et sans équivalent semble-t-il, dans l'histoire de l'art, car traditionnellement des assistants effectuaient les travaux, le maître se contentant de dessiner les cartons et de peindre les principaux personnages, ce qui accélérait considérablement le travail. Mais Vasari raconte comment Michel-Ange arriva un matin et ferma la porte pour rester seul.
La légende prétend que Michel-Ange réalisa cette fresque, couché sur le dos, au sommet des échafaudages. Dans sa remarquable étude sur la Sixtine et Michel-Ange, parue à La Renaissance du livre et à qui nous empruntons plusieurs anecdotes, Marcia Hall conteste cette idée. On a d'ailleurs trouvé un croquis le représentant debout et peignant. En 1509, Michel-Ange écrivit à son père : "Je suis mécontent, en assez mauvaise santé, confronté à cette tâche énorme, sans personne pour m'aider et sans argent. mais j'ai bon espoir que Dieu me viendra en aide".
Sa tête était continuellement recouverte de peinture gouttant du plafond. Son corps était déformé par l'effort : "J'ai déjà développé un goitre, écrit-il, qui me remonte l'estomac sous le menton. Mes reins sont rentrés dans mon ventre et mon derrière sert autant de croupe que de contrepoids. A l'avant, ma peau s'étend et à l'arrière, elle se fripe jusqu'à former un noeud".
Jules II vint régulièrement visiter le chantier et monta même en haut de l'échafaudage.
Des études ont montré que les premières peintures (le cycle de Noé) étaient réalisées par poncifs : des cartons avec de petits trous par lesquels Michel-Ange soufflait de la poussière de charbon pour marquer le contour de la future fresque. Mais, mis en confiance et pour accélérer le travail, il traça ensuite directement les contours sur le plâtre humide, à main levée, avec un stylet et il appliquait parfois la couleur directement avec les doigts.
En dehors de sa splendeur picturale, le plafond innovait par son iconographie. On parla beaucoup à l'époque des "Ignudi", les "nus" dont la beauté païenne dans ce temple de la chrétienté, pouvait choquer. Pendant son bref règne, Adrien VI avait déjà commencé à penser qu'on pourrait abattre la chapelle en la déclarant pleine de nudités. On sait que les 400 personnages, souvent nus, du jugement dernier furent recouverts par Paul IV et Clément XII.
Les beaux éphèbes
Les beaux éphèbes nus qui encadrent le plafond ont fait aussi couler beaucoup d'encre. Michel-Ange qui jamais ne se maria et consacra sa vie à son oeuvre était homosexuel, mais ici c'est surtout la découverte des chefs-d'oeuvre de l'Antiquité qu'il faut pointer. Michel-Ange admirait le "Torse du Belvédère", une statue antique sans membres ni tête. Les "Ignudi" jouent un rôle crucial dans l'animation de la fresque, pour passer de la création du ciel et de la naissance de l'homme à l'ivresse de Noé. Ils encouragent le visiteur à progresser de travée en travée. Sans eux, le dessin serait statique. Solution formelle passionnante, ces "Ignudi" permettent aussi à Michel-Ange de célébrer la beauté des corps et de la jeunesse. La Renaissance était à son meilleur et Michel-Ange réussissait le chef-d'oeuvre absolu que jusqu'à 10000 personnes visitent chaque jour !
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