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Exposition
Art français années 70
Claude Lorent
Mis en ligne le 03/10/2008
C'est un moment considéré comme historique dans l'art français contemporain que l'exposition propose en un accrochage qui souligne d'emblée la ligne esthétique de l'époque, les années 70. En effet, le minimal et le conceptuel occupent le terrain d'une certaine avant-garde à l'encontre d'une abstraction plus expressive qui a définitivement perdu la partie. Modeste en sa dimension puisqu'elle occupe deux salles, l'exposition rassemble un choix d'œuvres datant des années septante de onze plasticiens français ou vivant en France qui furent remarqués pour leur position souvent tranchée pour ne pas dire radicale. Tous, depuis, ont accompli une carrière assez prestigieuse et, ce qui est assez remarquable, se sont maintenus dans la ligne de création qu'ils s'étaient fixée alors qu'ils se situaient dans la petite trentaine. A l'époque, la Belgique, et surtout à partir de 1975, se montra une terre fort accueillante pour la plupart d'entre eux, ce qui, on le notera, fut beaucoup moins le cas pour les artistes des générations suivantes. Certains d'entre eux trouvèrent même plus d'échos favorables ici que chez eux, de la part de galeristes et de collectionneurs. Buren et Toroni, notamment, furent de ceux-là.
En 1975, à travers Europalia France, Bruxelles devient même le lieu de tous les regards par l'exposition 12 x 1 au Palais des Beaux-Arts, ainsi, comme le rappellent les commissaires, que par celle organisée par Harald Szeemann au Musée d'Ixelles avec ce moment fort artistique... au cirque Bouglione ! Pourtant, outre dans la partie documentaire de la présente exposition, seuls trois artistes exposés dans ce cadre, ont échappé au couperet : Daniel Buren, Jean Le Gag qui reconsidéra le mode paysagiste, et Claude Viallat. Exit donc les Pommereule, Monory, Filliou ou Boltanski qui représentaient d'autres tendances du moment. Et l'on se rappellera aussi que dans le catalogue de l'exposition 12 x 1, sous les plumes parfois virulentes des Alain Jouffroy, Gilbert Lascault et Alfred Pacquement, d'autres encore, tels Jaccard, Gasiorowski ou Vélickovic, étaient présentés en exergue. Preuve que la création n'était pas, loin s'en faut, unidirectionnelle. On retrouve d'ailleurs parmi eux Sarkis, Anne et Patrick Poirier, ainsi qu'Annette Messager, tous trois actuellement présents aux cimaises, avec André Cadere, François Morellet, Claude Rutault et Bernar Venet dont on peut revoir des sculptures murales, interprétations de la ligne. Les œuvres rassemblées, en provenance de diverses collections, stigmatisent parfaitement le travail de chacun d'eux et les situent historiquement dans le champ de la création. L'un des plus caractéristiques est sans doute Claude Viallat qui n'a jamais dérogé à la forme de base qu'il s'est imposée, pas plus d'ailleurs que Niele Toroni avec ses empreintes du même pinceau. Buren quant à lui a appliqué, et c'est très visible en son installation, l'ouverture vers la fonction décorative de l'art. Cadere, certainement le moins connu, est aussi resté fidèle à ses bâtons qu'il emportait en ses pérégrinations. Le mur réservé à Claude Rutault est assez exceptionnel par la réunion de pièces répondant à un travail totalement programmé et l'application du principe selon lequel la peinture exposée doit être de la même couleur que le mur. Sarkis posait un clin d'œil bleu à une sculpture de Godecharle. Enfin une Annette Messager, dans une série assez drôle, commençait à régler ses comptes en tant que femme et François Morellet expérimentait ses grilles et géométries variables. Une époque !
Ruptures et héritages (Les années 70). Musées royaux des Beaux-Arts, Bruxelles. Jusqu'au 18 janvier. Du ma au di de 10 à 17h.
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