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Art | Biennale de Venise
La Biennale et la ville, "Venise n'a pas de couilles"
Guy Duplat
Mis en ligne le 20/05/2009
Nous avons déjà raconté les déboires de Jacques Charlier, choisi par la Communauté française pour le "off" de la prochaine Biennale de Venise et "censuré" par celle-ci et par la ville de Venise. Mardi, il présentait sa contre-offensive, fort "couillue". La ministre Fadila Laanan a évoqué "la censure inacceptable". Enrico Lunghi, le commissaire de Jacques Charlier et directeur du Mudam à Luxembourg, a répété que "la Biennale et la ville de Venise n'ont pas de couilles". Et Charlier lui-même a conclu par un tartarinesque "allons à l'abordage de Venise !".
Rappelons que la Communauté française souhaite envoyer un artiste dans le "off" de la Biennale les années où le pavillon belge est occupé par la Flandre afin que nos artistes ne soient pas absents de la vitrine vénitienne pendant quatre ans. Un choix fort, puisque cela lui coûte 250 000 euros, une somme importante à l'aune des difficultés budgétaires rencontrées par des centres d'art qui promotionnent aussi nos artistes (BPS22, Wiels, etc.).
Un jury indépendant a choisi Jacques Charlier, 70 ans, Liégeois, artiste internationalement connu dont la marque est de mélanger un humour potache d'adolescent avec une réflexion conceptuelle sur l'histoire de l'art. Son projet était d'afficher dans les rues de Venise "cent sexes d'artistes" du XXe siècle, caricaturés à la manière de l'artiste représenté, une série commencée en 1973 déjà. De petits dessins amusants qui, mine de rien, parlent de la revendication phallique des artistes, fussent-ils femmes. Pas de quoi fouetter ni un chat ni Benoît XVI.
Pourtant, Daniel Birnbaum, directeur de la Biennale, et le maire de Venise ont refusé d'inscrire Charlier dans le "off" et donc dans le catalogue de la Biennale et lui ont refusé les murs de la ville. A raison d'une seule affiche par sexe d'artistes, la dose était pourtant homéopatique.
Enrico Lunghi a exhibé, hier, l'échange d'E-mails, hilarants et désolants de pusillanimité, de bêtise et d'hypocrisie des autorités vénitiennes qui craignent "une offense au sens commun de la pudeur". On croit rêver. Même si Charlier aime la provocation, elle était ici bon enfant, et la censure vénitienne fut d'abord un sacré coup à l'investissement de la Communauté.
Mais le seul mot de "censure" agit toujours comme un chiffon rouge et fait bander bien des énergies. Charlier et Lunghi, avec l'aide de la Communauté, ont donc élaboré un plan "bis" pour transformer cette lourde défaite en victoire possible. Leur plan, pour dépasser la méthode Coué, est multipolaire. Ils ont demandé à des musées amis d'exposer en juin ou juillet les affiches soi-disant litigieuses. Et les réponses ont tant fusé qu'il fallut limiter à sept villes l'affichage des "cent sexes d'artistes" : Anvers (Mukha), Namur (le musée Rops, bien sûr), Bergen (en Suède), Linz (en Autriche), Luxembourg (au Mudam et même sur la place d'armes centrale), Metz (à la Frac Lorraine).
La seconde étape de la contre-offensive est vénitienne, avec un bateau affrété pendant l'ouverture de la Biennale, qui sera ancré entre les Giardini et l'Arsenale (les deux lieux de la Biennale) avec le drapeau "cent sexes d'artistes". On y tiendra une conférence de presse cinglante, on y distribuera 12 000 journaux anglais italien racontant la "censure", on y présentera les pièces du procès, dont les réponses des artistes caricaturés qui, tous, soutiennent Charlier, parfois avec humour comme Buren, l'homme des bandes colorées, qui s'écrie : "Tant que ça bande, tout va." On y vendra dix euros le catalogue des dessins. Le volet grand public démarrera le 3 juin sur le site jacquescharlier-venise2009.be avec un jeu-photo et un quizz arts qui permet à ceux qui reconnaîtront des sexes de gagner un catalogue ou un T-shirt avec le sexe de Charlier symbolisé par une sonnette sur laquelle est écrit "sur rendez-vous".
© La Libre Belgique 2009
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