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Musée

Magritte: Suivez le guide

Guy Duplat

Mis en ligne le 20/05/2009

Le roi Albert II et de la reine Paola sont arrivés ce mercredi après-midi au Musée Magritte à l'occasion de l'inauguration de ce nouvel écrin situé place royale à Bruxelles. Le musée ouvrira ses portes au public le 2 juin prochain. Visite en avant-première avant que la foule afflue.

Le visiteur rentre de nouveau, comme il le fit jadis pour visiter le musée d’Art moderne, par la place Royale et, avant de pénétrer dans le bâtiment Altenloh entièrement rénové et aménagé, peut jeter un coup d’œil sur les fenêtres du musée. De gros nuages, très “magrittiens” y défilent, on sent d’emblée qu’on entre dans un lieu “différent”.

Le visiteur découvre, dès l’entrée, de superbes photos géantes de Duane Michals, le célèbre photographe new-yorkais qui réalisa une série en 1965, deux ans avant la mort du peintre. Magritte posa pour le photographe en reproduisant les archétypes de son œuvre. Le parcours commence à l’étage –2, où on découvre une reproduction circulaire du “Domaine enchanté”, la grande fresque que le peintre réalisa en 1953 pour Gustave Nellens et le casino de Knokke. En sous-sol, se trouvent aussi, dans un design très contemporain, le ticketing et le vestiaire.

Les visiteurs prennent ensuite l’immense ascenseur qui monte au sommet. Le quatrième étage est réservé aux plus jeunes et l’Educateam y parle de Magritte aux enfants grâce à un sponsoring d’Albert Frère (à cette occasion, une publication destinée aux enfants, “Le petit atelier Magritte”, est éditée par le musée en collaboration avec Hazan). Mais pour la majorité des visiteurs, le parcours commence vraiment à l’étage +3. En sortant de l’ascenseur, on découvre d’abord une large vue sur le bas de la ville. A chaque étage, le parcours commence à gauche. Au +3, on est accueilli par une grande photo de Magritte les yeux fermés, datant d’avant-guerre. Cet étage est consacré aux années 1898, naissance de Magritte, à 1929, son séjour parisien. On est d’emblée surpris par la pénombre chaude qui y règne. Chaque étage a sa couleur. Brun foncé au +3, vert foncé au +2 et bleu foncé (appelé “bleu Magritte” pour l’occasion) au +1. C’est le choix du scénographe Winston Spriet qui a imaginé l’habillage du musée. On ne se rend pas compte des prouesses techniques sous-jacentes, comme la double “peau” des murs qui permet d’assurer une sécurité, une climatisation et un apport de nouvelles technologies optimales.

A chaque étage, les œuvres sont placées sur les murs “intérieurs” du musée, et font face aux documents (photos d’époque, films, lettres manuscrites, revues d’époque) installés sur les autres murs, dans des vitrines. Sur les parois, on retrouve des phrases typiques de Magritte. A chaque instant, on peut prendre un plaisir esthétique à découvrir une facette de l’œuvre magrittienne et, de l’autre côté, lire et détailler les documents qui précisent la démarche. Sur un mur, est présentée la partition musicale Norine Blues que Magritte a illustrée et qu’une music box feuillette virtuellement en nous faisant entendre la musique.

Les œuvres présentées proviennent des achats du musée des Beaux-Arts et de deux grands legs, celui d’Irène Hamoir Scutenaire et celui de Georgette Magritte. Des dons et prêts privés importants viennent enrichir l’ensemble. Le début du parcours montre bien comment Magritte se dégage de l’art de son époque pour entreprendre une œuvre de déconstruction qui anticipe les révolutions de la pensée moderne (Jacques Derrida). Avec ses tableaux-mots, il donne un statut nouveau à l’objet et anticipe des mouvements contemporains comme le pop art et l’art conceptuel.

Magritte est un peintre poète, “l’homme qui a transformé l’image poétique en poème plastique”, dit Michel Draguet. “L’Homme du large”, “Le Démon de la perversité”, “Personnage méditant sur la folie”, “L’Arbre de la science” (où les mots dans des bulles sont détachés de toute représentation), “Le Sang du monde” et le “Joueur secret” (d’étranges joueurs de balle pelote dans une forêt mystérieuse) sont parmi les nombreux points forts de cet étage où on voit aussi Magritte affichiste ou travaillant pour les papiers peints UPL.

L’étage +2 propose dans le couloir deux grandes corolles sous lesquelles on peut voir des films montrant Magritte en action. Cet étage suit l’œuvre de l’artiste, de 1930 à 1950, quand il fait irruption sur la scène new-yorkaise. Cet étage montre bien le côté anarchiste et subversif de Magritte. Comme dans ce “poème” à la bien verte inspiration qu’il rédigea avec Mariën et intitulé “L’Enculeur”. Au lendemain de la Guerre, alors qu’on l’attendait dans ses œuvres anciennes, il choisit la subversion, “la recherche de la joie, du plaisir, de solutions nouvelles, sous le signe de l’embrasement, du don de soi, de l’ironie”. Ce seront ces tableaux déroutants, kitsch, mal compris, du “surréalisme en plein soleil” et de la “période vache” dont le musée Magritte a la plus riche collection. Chaque fois, cette évolution, fût-elle un sacré pied de nez, est explicitée par des documents et un audioguide multilingue. Le parcours se termine au +1 par ses tableaux les plus célèbres, ceux des années 50 à sa mort en 1967 : des icônes populaires comme les deux “Empires des lumières” montrées côte à côte et clôturant l’exposition.

Le visiteur peut alors descendre au –1 où sont projetés des films et où se trouve l’art shop, pièce devenue maîtresse dans tout musée.

Savoir Plus

Il s'agit du premier musée de cette ampleur consacré à l'artiste surréaliste, a souligné Michel Draguet, directeur des Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique. Le musée qui s'étend sur 2.500 mètres carrés et compte cinq niveaux, présente la plus grande collection d'oeuvres de René Magritte au monde, non seulement par le nombre d'oeuvres, mais aussi par la diversité de celles-ci, souligne M. Draguet. Le Musée Magritte rassemble ainsi 250 oeuvres et archives reliées par différents niveaux de lecture, chronologiques et thématiques, et présentées pour la première fois dans leur ensemble. La collection compte plusieurs chef-d'oeuvres, divers techniques et supports (peintures, dessins, gouaches, photographies, sculptures, films, affiches, etc...) et traite des différentes périodes de la vie de l'artiste.

Il s'ouvrira le 2 juin. Mais une journée porte-ouverte aura lieu le 30 mai. L'entrée sera gratuite. Infos: 02/508 36 81 ou www.musee-magritte-museum.be

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