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Un nouvel écrin splendide pour l’Acropole
Angélique Kourounis
Mis en ligne le 19/06/2009
Il est enfin là, somptueux, imposant, arrogant de modernisme, clouant le bec à ses détracteurs, tout de verre et de lumière, presque aussi beau que les trésors qu’il renferme tel un écrin. Voici le nouveau musée de l’Acropole : un écrin de bijoux pour les statues du Rocher sacré. Situé à 300 mètres du Parthénon exactement comme le prévoyait le cahier des charges, il est la pièce maîtresse de la campagne lancée il y a presque trente ans par l’illustre actrice et ministre de la Culture à l’époque Mélina Mercouri. "Ce musée est un catalyseur pour le rapatriement des frises emportées et pillées par Lord Elgin", souligne Antonis Samaras, l’actuel ministre de la Culture et ancien chef de la diplomatie grecque. Du coup l’inauguration prévue demain prend des airs de rencontre internationale au sommet avec pas moins d’une vingtaine de chefs d’Etat et personnalités dont entre autres Vladimir Poutine, Tayip Erdogan et le couple royal de Hollande. Elizabeth II, son mari le prince Philippe d’origine grecque et le directeur du British Museum ont, polémique oblige, décliné l’invitation. Peu importe, M. Samaras est heureux "Après plusieurs aventures, entraves et critiques, a-t-il souligné lors de la première visite guidée faite à la presse, le nouveau musée de l’Acropole est prêt. C’est un symbole de la Grèce moderne qui rend hommage à ses ancêtres, c’est le devoir accompli d’une nation vis-à-vis de son patrimoine culturel."
Imaginé par l’architecte franco-suisse Bernard Tschumi, cet édifice qui joue de la lumière comme d’une matière à part entière repose sur des pilotis plantés en plein milieu des vestiges de l’ancienne ville antique d’Athènes. Un coup de génie : une grande partie des sols des trois étages sont transparents. Si on baisse la tête, on voit sur trois niveaux les ruines antiques, les maisons, les ruelles, les mosaïques magnifiquement conservées. En levant les yeux, on voit le Parthénon dans toute sa splendeur. Au deuxième étage, on marche parmi une véritable forêt de statues. Des œuvres d’art du siècle d’or de Périclès, 350 en tout, qui n’ont jamais été aussi bien mises en valeur. On dirait qu’elles se parlent... Le soir, de l’extérieur, quand le musée est illuminé, l’effet d’optique est encore plus frappant. Aucun décor. Seule la lumière les entoure. Une lumière qui change à mesure que la journée avance et qui n’est jamais la même.
Mais le clou du musée, ce qui vous laisse sans voix, c’est le troisième étage. Rien ne prépare le visiteur à cette vue panoramique baignée de lumière de l’ensemble de l’Acropole. Rien ne prépare le visiteur à ce dialogue muet auquel il prend part, entre le Parthénon en face et les frises, les métopes et les frontons du temple mis savamment en scène dans cette immense salle avec la lumière naturelle, toujours elle : "Elle est le metteur en scène et démontre les couleurs et le volume plastique", explique Dimitris Padermalis, président du musée. Ce n’est que dans cette salle que l’on réalise l’étendue du désastre qu’a subi le Parthénon lorsque Lord Elgin l’a mutilé en lui arrachant les frises pour les vendre au British Museum.
Après des mois de polémiques, les archéologues grecs ont décidé de reconstituer de façon rigoureusement minimaliste la frise du Parthénon en intégrant les quelques vestiges restant à Athènes avec des copies des plaques, qui se trouvent à Londres et qui se distinguent par leur couleur blanche en opposition avec la patine jaunie des originaux.
Le résultat est saisissant. "Pour la première fois, le visiteur aura une vue de l’ensemble des frises exposé avec la même dynamique que celle voulue par l’artiste", explique patiemment M. Pantermalis. Quatre cents visiteurs environ pourront s’asseoir dans cette salle pour rêver et admirer tour à tour l’Acropole, la ville d’Athènes et les frises à portée de main. "Ils pourront aussi prendre conscience du problème de la dispersion des pièces entre Londres et Athènes", conclut sur le ton de la confidence Dimitris Padermalis.
En fait ce musée de trois niveaux, haut de 23 mètres, d’une superficie de 15 000 m2 et qui a coûté quelque 130 millions d’euros, est conçu comme un temple. C’est le Parthénon du XXIe siècle.
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