La Libre.be > Culture > Arts visuels > Article
Nantes
Les loups sont dans la ville
Guy Duplat
Mis en ligne le 02/07/2009
Une des œuvres présentées à cette édition de la Biennale d’art contemporain "Estuaire" (lire à la page précédente) a suscité beaucoup de discussions. Stéphane Thidet a installé dans les douves monumentales du château des ducs de Bretagne une vraie meute de huit loups. Des loups venus d’Europe centrale, nés en captivité et attendant de s’implanter un jour à nouveau dans les Pyrénées. Le public vient nombreux sur les passerelles, ou le long des murailles, observer le manège des bêtes sauvages. De vrais loups brun-gris, avec une lueur particulière et glaçante dans le regard. Ils y sont logés et nourris par des spécialistes et ont même l’eau de douves pour se rafraîchir. Les enfants sont particulièrement intéressés et les médiateurs expliquent la vie des loups (ce qu’ils mangent, pourquoi on doit parfois les séparer, etc.) et la démarche de l’artiste. Celui-ci veut introduire de la sauvagerie dans la ville contemporaine. Faire des loups une image de l’artiste dans la cité, un symbole de la résistance à l’ordre général. En même temps, les loups rappellent les temps du Moyen Age incarnés par le château, et renvoient à notre inconscient collectif et à nos peurs anciennes.
Mais cette proposition artistique a suscité l’émoi. Des associations des amis des loups se sont émues de l’utilisation de ces animaux dans l’art. Un débat parfois violent a été lancé sur Internet. Plus grave, samedi, un mystérieux commando, cagoulé et masqué par des têtes de loup, a fait irruption dans "Le lieu unique", quartier général d’"Estuaire", pour créer la panique, faire un peu de casse, jeter des "bombes" de verre pleines de goudron et s’enfuir aussitôt en jetant des tracts signés "La Meute" et disant qu’il fallait introduire une vraie sauvagerie dans la ville. Le lieu a dû être fermé pendant deux jours. La police enquête. Pour Jean Blaise, le directeur d’"Estuaire", ce ne serait pas un coup des amis des loups, mais sans doute d’un groupe d’autonomes d’extrême gauche qui veulent dénoncer notre "asservissement" en utilisant la métaphore du loup "asservi" pour cette expo. "Pour eux, à partir du moment où on est actif dans cette société, on est complice de l’état du monde." Jean Blaise souligne que ce sont précisément les culturels alternatifs comme lui, tendant à réconcilier l’art singulier et interrogateur avec le grand public, qui seraient visés, coupables de travailler à adapter la société.
On notera qu’à cette édition d’"Estuaire", les animaux sont très présents. " L’animal, ce monde immense de rêves et de douleurs muettes ", disait Michelet. Céleste Boursier-Mougenot propose sur la place centrale de Nantes, une grande installation avec des oiseaux mandarins qui volent dans une cage dans laquelle pénètre le public et se posent sur des guitares électriques, déclenchant un concert aléatoire à la John Cage. Tania Mouraud, dans la chapelle de l’Oratoire, montre un film oppressant sur les baleines. Paola Pivi à Saint-Nazaire présente la vidéo de sa performance quand elle a fait décoller dans un avion des poissons rouges dans des bocaux. Rivane Neuenschwander projette un film où des fourmis, dans un ballet incessant, proche de notre vie humaine, s’acharnent à ramener des confettis couverts de sucre.
En parlant d’animaux, les artistes se confrontent à cette altérité/proximité étrange, cet autre si proche de nous, qui stigmatise par son existence même nos travers, nos dérives, nos menaces et nous montrent bien que nous sommes aussi des animaux même si nous sommes les seuls à le savoir.
Il surfe sur l'E411
La neige amène son lot de plaisirs
75.000 véhicules sans assurance...
Ambiance parmi les stars des Magritte...