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Art | Exposition
L’art d’être un homme, au Musée Dapper
Roger Pierre Turine à Paris
Mis en ligne le 27/10/2009
L’intro est joyeuse, allumée, "sapée". Plus vrais que nature, d’authentiques sapeurs congolais (ils ne sont pas rares !) la jouent colorée, déjantée, "habillée". Une vidéo nous balade dans les rues de Kin, de Brazza et de Douala, des photos signées Hector Mediavilla et Baudouin Mouanda flashent sur un art qui, sans frontières, s’exporte aussi à Bruxelles ou Paris entre noirs relookés kitsch et griffés
Contrastée, la nouvelle exposition du Dapper agit, elle, en pendant à celle qui, l’an dernier, évaluait la présence de la femme et, partant, de la fécondité, dans les arts africains. Elle cible "l’art d’être un homme en Afrique et en Océanie". Christiane Falgayrettes et, co-commissaire, Anne van Cutsem-Vanderstraete, complètent ainsi notre vision d’un art de vivre dans les sociétés traditionnelles. La manne est pleine, généreuse, rassemble les plus belles pièces muséales possibles, celles du Dapper, mais aussi du Musée de Tervuren, du Barbier-Mueller de Genève, des musées d’arts populaires de Vienne et de Munich, du Rietberg de Zurich, de l’Université de Gand, d’autres encore Du beau linge!
Avec des centaines de trésors en tous genres au catalogue, l’expo et son double, le livre de référence, jouent sur le velours: inestimables! Aux côtés de textes de spécialistes sur les masques, statuettes et parures exhibés et les réflexions sur un art de se vêtir d’Alain Mabanckou ou Inès Césaire, le livre est un document qui saute aux yeux: il nous en donne davantage que de raison. L’intro met en ambiance avec une sentence imparable: "Ce n’est pas l’habit qui fait le sapeur, c’est sa touche personnelle." Il en va de même, on en est désormais bien conscient, des arts africains et océaniens, dont les particularités, sacrées et formelles, sont infinies, d’un groupe ethnique à l’autre. Elles parent l’ensemble de ces arts de qualité largement supérieure à tout ce que l’on pouvait imaginer il y a un siècle à peine lorsque, pour nos ancêtres, ces objets n’étaient que de curiosité!
On apprend ainsi, et comment s’en étonner, que, dans ces sociétés, parures et emblèmes révèlent notamment les identités masculines. D’où, premiers témoignages irréfutables, ces parures mélanésiennes, ornements pectoraux ou de pénis, façonnés de coquillages, canines de porc, graines ou ivoire. L’idée d’associer arts africains et océaniens est-elle pour autant judicieuse? Si nous posons la question, c’est que nous avons toujours trouvé les premiers plus intériorisés et les seconds, plus décoratifs. Les avis sont partagés sur la question. Les emblèmes du pouvoir ne sont pas moins révélateurs, des casques et capes de plumes des îles Hawaï aux ornements d’oreilles en os humain et néphrite des îles Marquises ou aux statuettes de chefs des Bembe ou Songye, aux bagues des Dinka, aux ikhoko des Pende La statue commémorative d’un roi Bangwa est l’un des clous d’une démonstration qui associe, dans un bonheur constant, attributs et représentations. Tuniques, colliers ou statues de personnages légendaires Dogon, Soninke, Urhobo ou, à l’étage, coiffures et statuettes de roi Kuba, de chef Luluwa. Les signes référentiels - scarifications comprises - sont légion, surprenants de diversité, d’éclat, tandis qu’un film festif nous emmène pour un "Voyage chez les Woodabés".
Musée Dapper, Paris, jusqu’au 11 juillet, tous les jours, sauf mardi, de 11 à 19h. Paris en 1h22: www.thalys.com
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