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Livres | Photographie
Photo: "Chaque homme est beau"
Guy Duplat
Mis en ligne le 28/11/2009
François -Marie Banier sort, pour les fêtes, trois livres de photographies. Un "Beckett" qui va de pair avec une expo à la maison de la photographie de Lille, "Grandes chaleurs" sur le Maroc et "Vous me manquiez", recueil de portraits d’anonymes et de stars, de "sales gueules" comme de "belles gueules", comme il aime les faire se côtoyer.
François-Marie Banier est à la fois romancier, dramaturge et photographe. Il a été rapidement remarqué par Aragon et Mauriac et par des mécènes comme Marie-Laure de Noailles, Pierre Bergé et Pierre Cardin. Il devient vite une figure connue de la jet-set internationale. Il a photographié les plus grands dont Beckett, Nathalie Sarraute, Vladimir Horowitz, Silvana Mangano, Joyce Carol Oates, la reine Elisabeth II, Isabelle Adjani, Caroline de Monaco, Sophie Marceau, Johnny Depp ou Liliane Bettencourt. Son amitié avec cette dernière, deuxième fortune de France, l’a entraîné dans des démêlés judiciaires. La fille Bettencourt a en effet intenté une action contre X pour "abus de faiblesse", reprochant à sa mère (fort âgée), d’avoir donné trop de cadeaux à son ami Banier (on a parlé de l’équivalent de près d’un milliard d’euros).
Mais ce sont surtout ses photos d’anonymes au Brésil, au Maroc, en France, qui l’ont fait connaître. Dans un livre précédent, "Perdre la tête", il montrait des visages captés en rue. Une femme lui a intenté un procès au nom du droit à son image mais l’a perdu. Ce procès a changé la jurisprudence et redonné aux photographes le droit de photographier des gens en rue.
De passage à Bruxelles, il élude les questions sur l’affaire Bettencourt, "après vingt mois d’enquête, le juge a classé l’affaire", dit-il.
"Vous me manquiez" est un très beau recueil de visages célèbres et inconnus, beaux et laids. "Chacun est beau, corrige-t-il. C’est le regard du photographe qui compte. Il n’y a pas de pose, pas d’artifices, c’est ce qui peut rendre un visage bouleversant, par un volume, une silhouette, ce sont des êtres vivants à qui rien ne vient s’ajouter à leur propre poids."
Il refuse le terme de "photos volées". Pour lui, ce sont chaque fois des rencontres, même très courtes. "Il arrive des moments où on se lève car tout est dit, c’est ce qui arrive avec ces portraits. On ne vole pas quelqu’un quand on le regarde ! Eux aussi, à ce compte-là, volent mon regard !"
François-Marie Banier a stocké plus de 500000 clichés, parfois des trésors à défricher encore. Il se dit sans maître. "Mes maîtres sont mes sujets, ou alors Nadar ou Le Gray. Mon travail est suffisamment construit pour ne pas être obnubilé par une école ou un style."
Il revient sans cesse aux "individus qui sont comme des notes de musique dont je suis l’interprète. Ces gens, parfois déjantés ou en fin de vie, parfois glorieux ou, au contraire, solitaires, je les montre dans leur singularité".
C’est l’éditeur Steidl qui publie ses trois livres. Dont deux sont imprimés sur un beau papier, proche du papier journal, avec leur odeur.
Un petit livre est consacré aux photos que Banier prit jadis de Beckett rencontré sur les plages et les rues de Tanger, à l’époque où s’y trouvaient aussi Paul Bowles et Tennessee Williams. Des photos qui semblent "volées" d’une silhouette squelettique, becketienne. "C’était un personnage solaire que j’ai appris à connaître. Je montre comment l’individu ressemblait à son écriture. J’allais le voir dans son hôtel, il me parlait de sa mère, de sa femme Suzanne. J’ai d’autres archives comme ça (sur Sarraute entre autres). Je pense à 4 à 5 livres du genre que je pourrais sortir."
Dans "Grandes chaleurs", les photos sont toutes de Marrakech. Mais il montre un autre Maroc. "Ce sont des seigneurs là-bas. Il n’y a pas une once de vulgarité chez les Arabes et les Maghrébins. Je les trouve mystérieux. Je ne montre pas ce que les gens voient d’habitude. J’aime les gens."
Savoir Plus
François-Marie Banier, chez Steidl, "Grandes chaleurs" (45 euros), "Vous me manquiez" (45 euros) et "Beckett" (18 euros).
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