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Contrastes
Desseins étranges d’ombre et de lumière
Claude Lorent
Mis en ligne le 04/02/2010
Il travaille le fusain et la pierre noire sur papier. Son exposition propose des Mémoires de la nuit qui restituent des séries de dessins énigmatiques comme des morceaux de rêves non élucidés dont certaines images se révèlent avec une précision étonnante. Mais toujours par morceaux, par détails, comme les pièces éparses d’un puzzle dont on ne détiendra jamais la totalité. Un beau, un très beau métier, tout en subtilité, en ombres et en clartés nuancées de noirs et de blancs. A elles seules, ces deux couleurs les contiennent toutes comme la nuit et le jour contiennent le monde. Jamais de fioriture inutile. Un très beau métier, mais jamais démonstratif d’un effet ou d’un savoir-faire, car simplement au service entier de la création d’une image qui parle pleinement d’elle-même, de manière autonome, sans le besoin de commentaires ou d’explications malgré le haut degré d’énigme qu’elle véhicule.
L’œuvre de Philippe Dubit (Charleroi 1945, vit à Bruxelles) n’est pas à proprement parler narrative, elle est totalement visuelle, et c’est ce qui fait sa force et sa singularité. Elle est image. Elle génère des sensations et des questions, mais avant tout, elle conquiert le regard et envahit l’esprit en tant qu’entité à voir. A partir d’elle, on pourra, certes, échafauder mentalement, mais davantage une vision imaginaire qu’un récit linéaire. L’artiste est créateur d’une ambiance, d’une atmosphère jamais lourde, malgré les contrastes des ombres et des luminosités, pas vraiment inquiétante, malgré la présence répétée de clous, d’aiguilles, et malgré l’indécision sur ce qui est véritablement. Si on plonge dans un univers, c’est dans celui d’un conte, mais, paradoxalement, pas forcément noir, car le dessin lui-même est posé, calme, presque serein dans ses compositions extrêmement structurées, dans son traitement excluant toute violence.
En considérant chaque œuvre, grande ou petite, comme une sorte d’extrait d’une scène nécessairement plus large, en y incluant quelques indices récurrents, en adoptant des mises en pages déstabilisantes et perturbatrices de l’architecture, en abordant des sujets surprenants, tels ces petits mannequins articulés, en y joignant des bribes humaines, en jouant sur le clair-obscur aux symboliques aussi complexes que multiples, Philippe Dubit bouleverse le rapport habituel aux lieux, aux choses, aux êtres, et suggère que les réalités ne sont sans doute pas celles que l’on croit !
Philippe Dubit. Mémoires de la nuit. Quartiers Latins, place des Martyrs, 14, 1000 Bruxelles. Jusqu’au 27 février. Du ma. au sa. de 10 à 18h.
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