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Portrait
Opter pour l’atout pictural
Claude Lorent
Mis en ligne le 03/03/2010
Rassemblant des peintures de 1997 à 2009, l’abondante exposition de Bernard Gaube (Arts Libre du 29/01) fait le point sur une bonne dizaine d’années de travail d’un artiste qui a toujours opté pour une voie de recherche et de création à l’abri des influences du moment. Au vu des deux lignes d’approche principales, l’une consacrée aux portraits et autoportraits, l’autre aux paysages, avec quelques rares incursions dans des figures abstraites, on peut même considérer que cette peinture avance dans une voie classique explorée dans le contexte d’une grande liberté et sous influence d’une sensibilité personnelle relayant la fragilité des êtres et des choses. Cette peinture est aussi, et en conséquence de cette position interrogative, un questionnement constant sur l’image picturale, ce qu’elle transmet, et partant sur la peinture elle-même dans son aptitude à faire vivre ses sujets au cœur de leur intimité.
L’ensemble, disposé aux cimaises non pas tel un alignement habituel ou une succession d’images autonomes, mais comme un itinéraire à suivre aux chemins, propositions et réalités multiples, apparaît d’emblée comme un parcours-découverte de traces intimes de vie ou plus exactement comme une suite de rencontres personnelles avec des lieux picturaux chargés de vibrations intenses imprégnant lentement notre propre sensibilité.
Le premier atout de Bernard Gaube (1952 - Vit à Bruxelles) est la peinture elle-même en tant que matériau dont la teneur, la texture, la densité et bien entendu la couleur, agissent directement pour conquérir le regard et gagner ensuite toutes les zones réactives du visiteur. Cette peinture qui peut étonner, voire même déranger par une apparence parfois gauche ou par un aspect à première vue hésitant, non affirmé, ou même inachevé, exerce presque a contrario une force d’attraction grâce précisément à ces caractères anti-ostentatoires. Les tonalités particulières, la touche fébrile ou apaisée, les nuances par transparence et superposition, les tremblements formels, les variations chromatiques, les brillances et les matités propres à l’huile, les compositions solides structurant une frontalité fréquente, sont autant de termes d’avancées devant lesquels on reste accroché. C’est la force de ce langage pictural qui donne toute sa puissance à une image qui parle, presque paradoxalement, de cette fragilité évoquée, humaine mais pas seulement car naturelle dans les fondements de toutes existences. Y compris la peinture.
Bernard Gaube. Fragments pour un portrait. Centre culturel Jacques Franck, ch. De Waterloo, 94, 1060 Bruxelles. Jusqu’au 21 mars. Du mardi au vendredi de 11h à 18h30, samedi de 11h à 13h30 et de 14h à 18h30, dimanche de 14h à 17h et de 19h à 22h.
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