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Duo

L’œil du graveur sur la ville

Roger Pierre Turine

Mis en ligne le 03/03/2010

Le Musée de Louvain-la-Neuve expose deux graveurs émérites, Canaletto, maître du XVIIIe, et Meyron, du XIXe.

Grâce aux riches collections qui lui ont été régulièrement allouées par de généreux donateurs, le musée estudiantin - invariablement à l’étroit dans des murs d’infortune, auxquels l’université ne semble guère vouloir remédier, le grand musée annoncé restant depuis trop d’années à l’état de vœu pieux ! - peut heureusement faire mouche en se signalant à l’attention par des expositions qui sortent des sentiers battus. Cette fois encore, en puisant dans l’impressionnant Fonds Suzanne Lenoir, offert au musée par Eugène Rouir, Joël Roucloux nous propose une passionnante incursion dans deux œuvres gravées qui, pour être d’époques différentes, ne se complètent et se croisent pas moins, par l’orientation citadine de deux praticiens de l’eau-forte, également virtuoses.

Si Canaletto (1697-1768) est très connu pour ses "Vedute", peintures qui célèbrent dans le faste Venise la Sérénissime du XVIIIe siècle, il l’est beaucoup moins pour ses gravures, plus occasionnelles, Charles Meyron (1821-1868) doit sa réputation, beaucoup moins célébrée, à des spécialistes convaincus, d’autant moins nombreux que l’artiste français se cantonna dans le seul art de l’eau-forte.

Et pourtant ! A bien lire l’exposition telle qu’elle se déroule comme un grand livre ouvert sur deux villes d’exception, Venise et Paris, on découvre d’abord à quel point les deux artistes ont pu, à des années de distance, se livrer avec un égal talent aux subtilités d’un art qui, tout en nous documentant sur des réalités citadines et architecturales à une époque d’avant la photographie, supposait des règles en veine parfois de libertés. Ciseleurs chacun à leur manière, Canaletto et Meyron ont également magnifié ombres et lumières, détails et profondeurs de champ. Et, venu un siècle plus tard, à une époque de grande transformation de la société, Charles Meyron a pu faire davantage valoir audace et inventivité. Sentant le vent tourner à la faveur du démantèlement du vieux Paris, repère choisi de révolutionnaires en puissance, sous l’action conjuguée de Napoléon III et de Georges Hausmann, il s’est évertué à préserver par l’image ce qui serait détruit à jamais. Et, non content de cette quête documentaire, il l’assortit de son propre imaginaire. Ce qui conforte la sensation d’entrer en sa compagnie dans un monde plus humain, plus mystérieux aussi.

Musée de Louvain-la-Neuve, 1 Place Blaise Pascal, Louvain-la-Neuve. Jusqu’au 18 avril, du mardi au vendredi de 10 à 18h30, le week-end de 14 à 18h. Infos : 010.47.48.41 et www.muse.ucl.ac.be

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