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Mode | Expo
La mode qui libéra une génération
Aurore Vaucelle
Mis en ligne le 03/03/2010
Dans la continuité de l’exposition "Du New Look à l’expo 58", qui explorait les évolutions du vestiaire durant la décennie des fifties, le petit et coquet musée du costume et de la dentelle propose un panorama de la mode des sixties, sous une forme très peps et colorée. Souhaitant réitérer le succès de l’expo précédente, qui accueillit près de 30 000 visiteurs, la commissaire de l’expo, Corinne ter Assatouroff, a misé sur la qualité des collections du musée, tout en n’omettant pas, riche idée, de raconter, à travers le vêtement, les évolutions de la société. Les interactions entre objets exposées et recontextualisation donne chair à une époque dans laquelle le visiteur est immergé.
Car entre 1959 et 1969, il ne s’agit pas seulement de chiffons mais bien de comportements en évolution. A l’orée de cette période, il est encore question de ces toilettes aux codages conventionnels. L’on y croise une robe d’après-midi de la maison Scherrer, sable, et discrète, une robe cocktail, dans des tons pastels - que l’on portera avec chapeau et gants évidemment - ou encore cette tenue du soir, pas forcément noire, mais dont les lignes dénotent une certaine recherche du luxe. Des croquis de la garde-robe de la princesse Liliane, seconde épouse de Léopold III, acquis par le musée lors d’une vente chez Sotheby’s en 2003, voisinent une de ses jupes d’hôtesse, en lainage; pour tout dire, la tenue idéale pour recevoir chez soi des hôtes de marque. On se rend compte comme la codification de ce vestiaire ne sied plus aux comportements et attitudes contemporains.
1959, tour de taille : 55 cm; 1969 : 65 cm. En dix ans, les femmes n’ont pas grossi, mais de toute évidence ont pris du poids au sein de la société. S’émancipant tant bien que mal d’un carcan social à la fois rigoureusement catholique et patriarcal, les femmes prennent par étape possession de leur corps, à l’intérieur (ce sont les débuts de la pilule) et à l’extérieur, le vestiaire en est la meilleure illustration. Le tailleur taille de guêpe issu du "New Look" de Mr Dior cède la place aux petits tailleurs à la coupe droite, que Jacqueline Kennedy arbore. Les minirobes arc and ciel aux silhouettes rectilignes signées Pucci, Lanvin ou encore ce tailleur pantalon Courrèges illustrent ici avec justesse l’histoire d’une décennie qui verra, au final, la télé en couleurs.
La silhouette se modernise toujours, quand, de chaque côté de la Manche, André Courrèges et Marie Quant raccourcissent furieusement la jupe. Yves Saint Laurent, en communion avec son temps, dessine pour les femmes un pantalon de costume, le désormais "smoking", devenu androgyne - ici présenté avec un jabot rétro. L’expo, baignée dans la musique de Salut les Copains, fait percevoir un imaginaire commun, celui d’une génération qui consomme, pour la première fois, des vêtements qui lui ressemblent. La mode cherchera dès lors à combler, à l’envi, les besoins de ses contemporains.
Savoir Plus
"Sixties, les couleurs de la libération", au musée du Costume et de la Dentelle, à Bruxelles. Tous les jours sauf mercredi de 10 h 30 à 12 h 30 et de 13 h 30 à 17 h. Entrée : 3 €. Infos sur www.bruxelles.be
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