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Art | Exposition
Bel ensemble cubiste à Ixelles
Roger Pierre Turine
Mis en ligne le 04/03/2010
Période faste en avant-gardes artistiques, les premières années du XXe siècle virent déferler les innovations plastiques suscitées par des artistes soucieux autant de s’opposer aux académismes devenus stériles que de fomenter des révolutions plastiques peu ou prou de mèche avec révolutions sociales et éthiques, politiques et économiques, en veine à l’époque.
L’aventure cubiste fut l’une de ces initiatives et si Picasso et Braque en demeurent les figures légendaires, il serait injuste d’écarter l’Espagnol Juan Gris (1887-1927) d’un tiercé gagnant qui, à sa suite, suscita bien des évolutions. Or c’est justement autour de Gris, collectionné par la Fondation Telefonica, qu’a été composée la sélection de "Cubism and its Concept". Laquelle cerne, en quelques dizaines de toiles, l’influence exercée par Juan Gris sur maints artistes qui, dans la foulée, ont, en France comme ailleurs, et notamment en Amérique latine, relayé et développé les thèses cubistes.
C’est autour de 1906 que Picasso, Braque et Gris œuvrèrent ensemble pour sortir la peinture de ses redites. Convaincus par les formes et synthèses nouvelles développées par Cézanne et, alors inédites en Occident, les sculptures africaines traditionnelles et cultuelles, ces novateurs de choc se mirent à décomposer et recomposer autrement, par plans successifs, les objets, paysages et portraits qu’ils peignaient.
Outre qu’elle nous offre de superbes morceaux choisis de Gris, la collection Telefonica nous permet surtout de suivre l’évolution du Cubisme après la Seconde Guerre mondiale, Gris étant demeuré un cubiste actif plus longtemps que Picasso et Braque. Deux volets divisent l’exposition. L’un évoque le Cubisme et la Modernité en Amérique latine de 1913 à 1940, tandis que l’autre se penche sur la nouvelle vie du Cubisme au-delà de l’affrontement guerrier, soit de 1917 à 1925.
Dans cette seconde section, des noms bien connus s’en viennent à nous, accompagnés d’œuvres référentielles signées Albert Gleizes, André Lhote ou Jean Metzinger, qui furent autant peintres que théoriciens. Une solide "Composition" (1922) de Gleizes, une "Nature morte cubiste" (1917) de Lhote et une "Nature morte avec fruits et pichet" (1917) de Metzinger avoisinent à propos des toiles de Gris, datées des années 20 : "Le paquet de tabac", "La fenêtre aux collines", "La grappe de raisin".
Dans cette section, on se plaît aussi à faire mieux connaissance avec les œuvres de deux égéries du Cubisme, Marie Blanchard et Alexandra Exter, tandis qu’un "Portrait de Madame H." (1912) d’Auguste Herbin, nous rappelle qu’avant de se singulariser dans l’abstraction construite, Herbin eut ses années cubistes.
Si Juan Gris recourut tôt aux collages en associant à ses natures mortes des reliefs du quotidien, articles de magazines et illustrations des télécommunications en marche, il eut une influence prépondérante sur des Latino-américains qu’il côtoya à Paris, tels Emilio Pettoruti, Horacio Coppola ou Vicente Do Rego Monturo, le magnifique Joaquin Torres-Garcia - présent ici avec deux très beaux tableaux, "Physique" et "Construction en noir et blanc" - apparaissant plus marginal, unique, irremplaçable, avec ses déclinaisons par cases. Une expo de qualité qui, offre à saisir, se joue "entrée gratuite".
Savoir Plus
Musée d’Ixelles, 71 rue Jean Van Volsem, Bruxelles. Jusqu’au 25 avril, du mardi au dimanche de 11h30 à 17h. Fermé le lundi, les jours fériés et du 5 au 7 mars. Infos : 02.515.64.21, www.elcubismo.museedixelles.be
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