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Critique
Erro colle l’histoire
Claude Lorent
Mis en ligne le 04/03/2010
C’est dans le sillage des surréalistes, en 1958, que l’Islandais Gudmundur Gudmunson, plus connu sous le nom de Erro, sort sa paire de ciseaux et son pot de colle pour donner naissance à une œuvre qui brasse l’histoire contemporaine comme aucune autre ne le fait. A l’origine de ses grandes peintures, ce qui était connu mais très peu montré, une quantité impressionnante de collages dont une vaste sélection thématique est exposée au Centre Pompidou. Une minorité d’entre eux seulement a donné naissance à des peintures. Découpant depuis lors, dans une multitude de magazines, essentiellement européens, américains et un moment chinois, il constitue une immense banque de données d’images qu’il agence ensuite pour ainsi dire convulsivement en des séries aux associations très libres et en relation plus ou moins proche avec l’actualité.
Son travail est à la fois accumulation et all over à sa manière, figuration narrative en référence à la mouvance française à laquelle il a appartenu, affiche une affection pour une forme de pop’art et se régale du détournement d’images souvent caricaturales extraites de BD et de Comics. Il prend donc pied très clairement dans les années soixante mais ne perd rien de sa force comme le prouvent ses réalisations récentes, moins foisonnantes souvent et davantage insistantes sur des figures de proue.
Dans le catalogue, Laurent Gervereau, qui pointe le Erro moraliste de la globalisation, pose à la suite de Laurence Bertrand Dorléac la question fondamentale du politique en cette œuvre, et confirme que "tout devient politique chez lui". Il ne peut en effet en être autrement dès lors que l’artiste travaille sur le terreau le moins innocent qui soit au XXe siècle, l’image comme véhicule de la prétendue réalité, de l’information, de la propagande, du mercantilisme et de la fiction à travers les héros les plus populaires. Il joue de la saturation de plus en plus imposée. Tout fait farine au moulin de Erro qui mélange les récoltes de toutes origines pour donner une denrée souvent indigeste résultant, cependant, de la gestion du monde.
Le recul aidant, l’œuvre qui ne mâche jamais ses effets vise juste sans épargner qui ou quoi que ce soit, tantôt le way of life américain, tantôt la révolution maoïste ou castriste, tantôt les despotes, dictateurs sanguinaires, tout en sortant quelques figures de résistance comme Nelson Mandela voici une trentaine d’années !
Politique, son œuvre ne reflète nullement d’un engagement particulier, au contraire, en provoquant les télescopages et les rapprochements, en mixant les données issues de diverses sources ou genres; en mélangeant fiction, publicité, photos de presse, repros artistiques, extraits d’affiches culturelles, héros de cartoons il a globalisé bien avant la lettre tout ce que l’on considère généralement en secteurs séparés. Partant, il donne à voir, en féroce ton sarcastique, de la science-fiction aux atrocités de la guerre, des conquêtes mentales ou spatiales, des rêves de confort à la violence exacerbée, rien que notre histoire héroïque !
Savoir Plus
Erro, 50 ans de collages. Centre Pompidou, Paris, salles graphiques du musée. Jusqu’au 24 mai. De 11h à 21h. Fermé mardi.
Catalogue : textes de A. Pacquement, Ch. Briend et L. Gervereau, 168 pp., 110 ill. coul., chronologie et bibliographie, éd. Centre Pompidou.
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