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Culture et institution
Vivent les Belges
Alain Lorfèvre
Mis en ligne le 21/07/2010
Parler de "culture belge", c’est être confronté à la réalité institutionnelle du pays. Rappelons-le : la culture est communautarisée. Si les artistes n’ont généralement cure des querelles linguistiques, la réalité les rattrape parfois, surtout lorsqu’il s’agit de s’exporter : la présence dans un festival, la logistique d’un événement, la prise en charge d’une troupe ou d’une équipe sont souvent financées par les organes de promotion des Communautés ou des Régions.
"Un artiste n’aime jamais être catalogué ou coloré", confirme Philippe Suinen, administrateur délégué de Wallonie Bruxelles International, qui assure la représentation de tout ce qui est "wallon-bruxellois" à l’étranger. "Mais il ne faut pas considérer l’identité comme quelque chose d’honteux, sans tomber dans la culture d’Etat." Un peu contraints et forcés, y compris par des interlocuteurs étrangers de plus en plus conscients de l’étiolement de la Belgique, les artistes nuancent leur appartenance. Le chorégraphe et plasticien Jan Fabre se dit, dans l’ordre, anversois, belge, de langue flamande. Raoul Servais est, lui, "un réalisateur belge, flamand". Arno, le Flamand qui chante en français et que tout discours identitaire énerve, clame de longue date "putain, putain, nous sommes quand même tous des Européens".
Longtemps, les instances francophones ne se sont guère préoccupées de cataloguer leurs artistes. Mais le pragmatisme a fini par l’emporter. On distille aujourd’hui l’idée d’une "communauté Wallonie-Bruxelles", plus explicite que la "communauté française de Belgique" (l’anecdote est célèbre : François Mitterrand croyait que c’était une amicale de citoyens français résidant en Belgique). Mais comment définir la culture "wallonne-bruxelloise" ? "En ce qui nous concerne, nous sommes d’abord des francophones non-Français, explique Philippe Suinen. Le deuxième élément de caractérisation, c’est Bruxelles et son caractère international et cosmopolite. La Wallonie en bénéficie par effet d’entraînement. La terminologie est encore relativement récente, mais la répétition de celle-ci aide à l’imposer." Et, donc, quand Frédéric Sojcher remporta la semaine dernière un prix au festival de Karlovy-Vary, il devint dans un communiqué de presse un "cinéaste wallons-bruxellois".
Mais le pragmatisme vaut, aussi, dans l’autre sens. Alors qu’on se prépare à une nouvelle réforme constitutionnelle qui videra un peu plus l’Etat fédéral de sa substance, les liens se retissent au niveau culturel. "Sur les grands événements internationaux, nous avons souvent une présence commune avec la Flandre, paritaire, tout en préservant la spécificité de chacun", note Philippe Suinen. Ainsi, dans le cadre de la présidence belge du Conseil de l’Union européenne, les événements culturels sont organisés en bonne intelligence. Fruit de l’excellence des artistes, le label belge trouve de nouvelles lettres de noblesse : Flandre et Wallonie-Bruxelles étaient présentes main dans la main au Salon international du meuble de Milan, en avril dernier, sous un logo "unitaire" flambant neuf, [les belges] (écrit en phonétique, comme ci-dessus). Ce sera aussi le cas à la Semaine de la mode, qui se déroulera à Paris du 1er au 5 octobre. La culture, dernier rempart contre les querelles linguistiques ? Piquant.
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