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Edito
La marque belge
Mis en ligne le 21/07/2010
L’heure des sempiternelles et racistes blagues belges (les frites et les moules) est bien terminée. On ne rit plus des Belges. Dans la culture, c’est le respect qui domine. Et curieusement, paradoxalement, les remous existentiels du pays et ses incessantes interrogations sur son avenir, loin de pénaliser ses créateurs, semblent leur donner des ailes. Ils trouvent dans une Belgique qui n’existe plus qu’en creux un terreau fertile, une liberté d’innover qui les rend incontournables sur la scène internationale.
A Avignon cette année, Alain Platel, Anne Teresa De Keersmaeker et Guy Cassiers ont cartonné. Après Jan Fabre et les autres. La France raffole des créateurs flamands, comme elle adore les cinéastes francophones, des frères Dardenne abonnés aux palmes cannoises à Bouli Lanners. Les scènes d’opéra françaises sont trustées par des Belges et Frédéric Flamand dirige le ballet de Marseille. Les maisons de Paris font les yeux doux aux stylistes belges sortis de l’Académie d’Anvers ou de La Cambre. Jean-Philippe Toussaint et François Weyergans font la Une des cahiers littéraires, la BD belge restant une référence.
A Londres, la Tate Modern fait la fête à Francis Alÿs après Luc Tuymans tandis que Le Louvre a célèbré Jan Fabre et Venise Wim Delvoye. Mais comment font ces créateurs pour transcender nos problèmes schizophréniques et en tirer profit ? La réponse ne peut être univoque car tous ces créateurs sont très différents et il n’existe pas une "ligne belge", si ce n’est parfois une certaine référence au surréalisme. Il faut donc plutôt y voir l’avantage d’être sur une terre si petite qu’elle force toujours à traverser les frontières. Il faut aussi porter à notre crédit l’absence de grande fierté nationale et de culture nationale, qui souvent, en France, en Allemagne ou en Angleterre, inhibent et briment. En Belgique, on fait ce qu’on veut, on tranche dans le vif, on cultive l’irrespect, on laboure des champs nouveaux.
La petite terre, divisée, multiculturelle, ouverte à tous les vents, bâtarde, s’avère féconde en créateurs singuliers et libres qui ont essaimé leurs talents partout.
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