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Art contemporain | Exposition

Double regard sur la collection du S.M.A.K.

Claude Lorent

Mis en ligne le 26/07/2010

En une sélection d’œuvres, Hans Theys propose une expo subtile et intelligente. Autre regard sur la collection à travers un choix d’installations.

Deux expositions conjointes puisent dans la collection du S.M.A.K. et occupent chacune une grande part du musée. L’une régie par le directeur de l’institution, Philippe Van Cauteren et consacrée à une série d’installations, l’autre réalisée par un commissaire extérieur, Hans Theys qui opère des choix personnels et assemble les œuvres par affinité ou opposition. Deux expositions d’excellente tenue, des cheminements qui affinent et rénovent le regard sur l’art contemporain. Qu’une majorité des artistes sélectionnés soit belge n’est pas la moindre des qualités de ces ensembles quand on ne jure plus que par les références internationales et principalement étrangères dont certaines, qu’il s’agisse de Beuys, Jason Rhoades, Giovanni Anselmo ou Carl André, entretiennent ici des relations d’égal à égal avec des œuvres de nos plasticiens.

Hans Theys, commissaire et auteur attentif à l’art belge en ses développements actuels et contemporains, a conçu et réalisé une exposition d’une grande finesse et a, pour cela, sollicité quelques prêts auprès de deux autres musées de Flandre, le Muhka d’Anvers et le Muzee d’Ostende. Et ce de manière à constituer des regroupements plus complets et plus cohérents notamment d’œuvres de Walter Swennen et de Panamarenko. Avec quelques œuvres récentes ou dispositifs revus, tels l’installation (2010) de quatre films de David Claerbout dont il n’est plus nécessaire de souligner la qualité du travail, les dessins (2010) et encres (2009/10) de Johan De Wilde et de Damien De Lepeleire, ainsi que les étranges et attirants objets sculptures-peintures de la jeune (1982) Tamara Van San, les œuvres réunies balisent l’histoire de l’art des années soixante à aujourd’hui telle qu’elle a pu se constituer à travers la création et quelques expositions en Belgique. Le tout repose donc sur un choix qui n’a pour intention que de mettre en valeur à la fois des œuvres spécifiques et des démarches singulières.

Les artistes sont ainsi représentés soit par une œuvre symptomatique, c’est le cas pour la Torsion (1968) de Giovanni Anselmo, la sculpture Four Small Animals (1989) de Bruce Nauman ou encore l’alignement minimal Sixtyseventh Copper Cardinal (1974) de Carl André; soit par des ensembles qui permettent d’appréhender davantage le parcours de plasticiens tels Panamarenko, Thierry De Cordier avec une prenante série de petits paysages perceptibles dans l’obscurité, Bernd Lohaus, Walter Swennen qui ne ménage pas son insistance à transgresser les formes et les icônes, Raoul De Keyser assurément l’un de nos plus fabuleux et talentueux peintres et Dirk Braeckman le photographe dans sa ligne sombre.

Le meilleur de l’exposition se situe dans l’intelligence et la subtilité avec laquelle Hans Theys a réalisé la mise en espace de ces pièces, en rassemblements monographiques misant sur la tension entre les oeuvres ou plus souvent en collectifs d’affinités et de distorsion. Le regard est constamment sollicité de manière à découvrir chaque réalisation de façon individuelle mais sans pouvoir ignorer qu’elle entre en dialogue critique avec d’autres. L’une des salles les plus réussies à cet égard place en confrontation des Ann Veronica Jannsens, Bernd Lohaus, Didier Vermeiren : chaque présence est révélation d’elle-même et des autres !

Plus classique est la disposition réservée aux installations puisque chaque artiste ou presque, Andreas Slominski étant l’exception avec son Piano disposé à l’intersection de deux espaces dont partie du mur a été abattu, occupe sa propre salle. Impressionnante est l’installation de Jason Rhoades dans ses références chaotiques à l’Agneau mystique (1432) de Hubert et Jan Van Eyck, imaginative et poétique est l’intervention tubulaire d’Honoré d’O, décevant par son côté didactique est le travail de Joëlle Tuerlinckx alors que celui de Mark Manders déroute par son côté énigmatique. S’y joignent les réalisations de Dennis Oppenheim, Paul Thek, Mariusz Kruk, Klaus Von Bruch et Wolf Vostel.

Le musée montre également une suite d’interventions du jeune artiste italien pluridisciplinaire Paolo Chiasera (1978) qui se réfère à la démarche des Van Gogh, Breughel, Escher et à la philosophie de l’Allemand Martin Heidegger.

Savoir Plus

"Xanadu, la collection du S.M A.K. vue par Hans Theys" (jusqu’au 3/10); "Inside Installations" (jusqu’au 3/12) et "Paolo Chiasera : Ain’t No Grave Gonna Hold My Body Down" (jusqu’au 22/8). S.M.A.K., Citadelpark, 9000 Gand. Ouvert de 10 h à 18 h. Fermé le lundi.

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