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Rejoindre les espaces du bout du monde
Claude Lorent
Mis en ligne le 25/01/2012
Dans toutes les histoires, il y a toujours une part de vérité et une part de fiction, et il n’est pas toujours nécessaire de faire la part des choses, car sait-on jamais ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas ? Et puis, les histoires sont surtout des chemins d’évasions.
En cette exposition, on suivra donc les errances de deux artistes voyageurs qui nous emmènent dans la lointaine Australie et ses espaces du bout du monde qui font rêver le voyageur qui sommeille en nous. Chemin faisant, caméra au poing et objectif devant l’œil, ils ramènent quelques histoires et quelques vues, juste de quoi amorcer notre curiosité sans totalement la satisfaire de manière à maintenir en nous l’envie d’aller voir plus loin, d’en savoir plus. L’envie de prendre le large, serait-ce au fin fond du Bush australien, là où le soleil assure sa permanence avec ardeur. "50° à l’ombre / une voiture noire stationne devant la caravane argentée / qui brille au soleil. / Pas une voiture n’arrive jusque là", écrivent Wilmès et Mascaux en liminaire d’un périple en mots et en images.
Quelque part, dans ce qui semble bien être un parc quelque peu aménagé; en pleine nature, un escalier de pierres, blanc, passablement délabré, totalement inutile, vestige sans doute d’une propriété qui a dû être de prestige. Un souvenir qui résiste au temps ou la promesse, qui sait, d’un nouvel avenir. Une étrangeté à coup sûr. Et c’est exactement ce que traquent les deux plasticiens, sans autre indication, ni de lieu ni de date. Ils captent les signes d’un monde qui s’accomplit dans le temps et change avec lui, au gré des imprévisions et du cycle de la nature, au gré des volontés humaines. Chaque grande photographie se pose, telle une étape dans le parcours, dans la lumière et la chaleur ardentes, en attendant la fraîcheur du soir, à deux pas d’une gigantesque termitière, près d’une impressionnante montage d’une exploitation de sel; à côté d’un véhicule abandonné, déglingué, rouillé, aux pneus crevés; sous la gueule ouverte d’un Kronosaure à Richmond.
Et en voilà une d’histoire, de cet animal préhistorique, immense apparemment, qui a déserté la planète, mais serait peut-être bien réapparu quelque part dans l’océan, en pleine première guerre, alors que coulait inexorablement un bateau torpillé. Fiction ? Hallucination ? Allez-y voir, l’U-28 a bien existé et il y a bien l’œuf de Colomb, pourquoi pas celui du Kronosaure ? Et le meilleur récit sur ces investigations hors des routes goudronnées, ce sera certainement celui que vous inventerez !
"Wilmès et Mascaux. Errances ou le Kronosaure de Richemond". La Charcuterie, centre d’art, 16, av. Paul Dejaer, à Bruxelles. Jusqu’au 11 février. Du lundi au vendredi de 10h à 18h30, samedi de 14h à 18h30. Fermé mardi et dimanche.
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