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David Hockney voit grand

Roger Pierre Turine

Mis en ligne le 31/01/2012

A la Royal Academy, à Londres, inventaire des paysages peints et numérisés de David Hockney. Le Yorkshire de son enfance revisité.
à Londres

L’effet de but en blanc, fût-il coloré jusqu’à l’outrance, impressionne et même envoûte. Dans la rotonde d’accueil, quatre toiles monumentales vous cinglent le regard. Les quatre saisons du Yorkshire, peintes sur huit toiles chacune, un panorama frappant du temps arrêté le temps de 32 peintures ajustées. "Three Trees near Thixendale" : ces projections saisonnières, encore peintes à l’huile, entre 2007 et 2008, ne sont pas les plus grandes de l’exposition malgré leurs près de cinq mètres de long sur 1,83m de haut ! Et la promenade, car c’en est une et fameuse, démarre sur des chapeaux de roue qui ne seront pas de tout repos, le peintre, dessinateur et photographe anglais, n’en étant pas à une surprise technologique près.

Ces quatre ensembles de la rotonde nous rappellent utilement qu’Hockney, né à Bradford, dans le Yorkshire, en 1937, a toujours fait preuve d’une patte picturale très particulière. Laquelle rompt avec les perspectives et représentations classiques, et assemble volontiers des couleurs a priori dissonantes. Ce qui anime ses partitions de musicalités et uppercuts plastiques inédits. Aux confins du pop art et d’un certain expressionnisme, ils lui ont valu le succès dès sa jeunesse.

Hockney a, dès le début, beaucoup voyagé, s’est tôt imprégné de peinture moderne et une grande expo Picasso, à Londres en 1961, l’a durablement frappé. Dès 1964, et tout en continuant à peindre à l’acrylique, il découvre le Polaroïd. Une double démarche, peinture et photographie, tel sera son parcours désormais. Tout en enseignant le dessin, en voyageant de plus belle, en peignant ses premières piscines et en traquant le problème de la représentation des reflets de l’eau, Hockney, qui veut tout percevoir et tout comprendre, s’achète une caméra 35 mm et ses photos agissent en notes pour ses tableaux.

Peindre l’espace illusionniste est un de ses credo. Les portraits, mais des portraits à la Hockney, le préoccuperont également son parcours durant. Tenons-nous en à ses paysages. Le premier remonte à 1975 : "Kerby", d’après Hogarth. Au fil du temps, Hockney ne rechigne pas aux approches référentielles solides. Ses paysages sont alors elliptiques et symbolistes. A des lieues de là, en 1998, contraste éloquent, il frappe fort avec "A Closer Grand Canyon", peinture à l’huile composée de soixante tableaux ajustés les uns aux autres. Une fresque autrement réaliste avec des couleurs qui flambent, rouges, oranges, vers et jaunes. Ce qui ne l’aura pas empêché d’avancer par raccourcis inventifs, orchestrations colorées plus pop et, surtout, photocollages comme dans "Grand Canyon Looking North", de septembre 1982. Les premiers paysages du Yorkshire datent de 1997, des huiles sur toile. Il y délimite les espaces avec rigueur dans des vues panoramiques ramassées, vibrantes de couleurs. On n’est pas loin du Van Gogh incendié par le soleil du midi. Or, on est dans le Yorkshire, ce qui surprend !

Revenu dans sa région natale pour y accompagner vers la mort son ami et mécène Jonathan Silver, Hockney y peint d’abord de mémoire en associant ses souvenirs de jeunesse. Puis, il s’attaque à la réalité de terrain avec des aquarelles très traditionnelles et des huiles davantage enlevées. Hockney recourt plus que jamais à la photographie qui l’aide à parfaire les raccords d’une toile à l’autre, d’un jour à l’autre. Après le fax et le dessin à l’ordinateur, Hockney va de l’avant en prise directe avec les novations de son temps. Il s’agite à concevoir "la peinture comme une performance" en tenant compte des éclairages et des compositions nés de l’ordinateur et des impressions numériques au laser.

Entiché des "Nymphéas" de Monet, Hockney peint des arbres, encore des arbres, les conditions saisonnières l’accaparant. Ses œuvres évoluent entre charme et irréalité pour aboutir, plus récemment, à des travaux qui laissent dubitatif, comme dépourvus d’âme, technologiques. Son "Sermon sur la montagne" d’après Claude Lorrain est difficilement supportable et face à ses impressions au jet d’encre et dessins sur iPad, on perd pour de bon son latin !

Savoir Plus

The Royal Academy, Burlington House, Picadilly, Londres. Jusqu’au 9 avril, tous les jours de 10 à 18h, vendredi jusqu’à 22h. Gros catalogue en couleur. Infos : 020.7300.8000 et www.royalacademy.org.uk. En 1h50 avec Eurostar : www.eurostar.com.

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