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La bêtise, constante depuis des siècles….
GUY DUPLAT
Mis en ligne le 26/09/2006
On se doutait, bien entendu, qu’exposer des photos d’Araki risquait de susciter chez certains ultra-conservateurs ou pudibonds des réactions critiques. Même si le photographe japonais est célèbre dans le monde entier depuis des décennies et a exposé partout. La même exposition que celle proposée à Charleroi s’est déroulée peu avant, à Londres, au Barbican, sans le moindre souci.
Mais bien entendu, on ne pouvait imaginer que quelque(s) illuminé(s) du coin irait jeter un succédané de cocktail Molotov sur “ce sein que je ne veux pas voir”, comme disait Tartuffe. Sans doute ne s’agit-il que d’un geste isolé et ses auteurs se réjouiront de l’impact médiatique qu’il a eu, sans voir que c’est surtout l’exposition elle-même qui reçoit ainsi un formidable et mérité coup de projecteur.
Sans parler du ridicule que ces “terroristes” pitoyables donnent à Charleroi, devenant “la ville où l’on s’en prend à un artiste avec un cocktail Molotov”.
Il est pitoyable de s’attaquer ainsi à l’art, alors que notre société est entourée -via certaines publicités- d’images bien plus vulgaires, dégradantes pour la femme et imposées à tous, alors que bien entendu personne n’impose à quelqu’un de voir l’exposition Araki. Comment ne pas rejoindre Xavier Canonne quand il fait remarquer que ce sont ces images de nus qui offusquent des hypocrites alors que les images de guerre ou de misère qu’il a exposées les laissent indifférents.
Heureusement, les voies de fait sur une œuvre d’art restent très rares même si celle-ci -via l’affiche- est un scandale en soi. Par contre, l’histoire des réactions pudibondes est longue comme un bottin de téléphone. On sait que les fresques de Michel-Ange, à la chapelle Sixtine, ont été modifiées peu après, pour voiler des nudités qui auraient pu offenser les croyants.
Ce n’est que récemment qu’on a enlevé ces surpeints prudes. Plus près de nous, “Le déjeuner sur l’herbe” de Manet fit scandale car on y voyait une femme nue déjeunant en plein air avec des hommes habillés. Et qui ne connait le tableau “L” origine du monde” de Courbet : le gros plan d’un sexe de femme réalisé pour un ambassadeur turc à Paris, un tableau que le psychanalyste Jacques Lacan avait possédé et qu’il cachait avec un rideau pour ne le montrer qu’à certains visiteurs. Cette peinture est aujourd’hui accessible à tous au musée d’Orsay.
Faut-il voir dans ce geste un retour à un certain conservatisme ? Ou est-ce trop lui faire d’honneur ? Retomberait-on dans le même esprit borné qu’on croyait oublié et qui avait condamné il y a trente ans la projection de” L’empire des sens” à Bruxelles ou dans les folies de ceux qui brulaient les affiches de “La dernière tentation du Christ” ?
L’art n’ a pas pour objectif de séduire mais de poser un regard singulier sur le monde. Il peut ne pas plaire et chacun est libre de donner son avis ou de ne pas voir l’œuvre d’art, mais quand c’est la violence qui parle, c’est simplement la bêtise qui est à l’œuvre.
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