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Architecture
Marier Horta et contemporain
Guy Duplat
Mis en ligne le 03/07/2009
Il y a un mois, a été inauguré le nouvel hôpital CHU Brugmann sur le site Horta à Laeken, fruit de quinze ans de travaux. Une autre phase est en cours qui demandera encore certainement une dizaine d’années supplémentaires. Il s’agit d’un travail exemplaire mené par le bureau Philippe Samyn and Partners en association avec le bureau BEAI. Il fallait en effet bâtir un véritable nouvel hôpital moderne sur un site où se trouvait déjà un hôpital imaginé et construit par Victor Horta. Certes, et curieusement, ce bâtiment du maitre de l’Art nouveau n’était pas classé, mais la ville de Bruxelles, propriétaire de l’hôpital public, et la Région bruxelloise étaient sensibles à l’idée de conserver cette architecture historique.
Les solutions proposées par Philippe Samyn il y a 15 ans montrent aujourd’hui leur justesse. L’histoire de l’hôpital Brugmann commence en 1906, quand le "conseil des hospices de la ville de Bruxelles", soucieux (déjà !) de moderniser les hôpitaux bruxellois, décide d’utiliser le legs de Georges Brugmann pour bâtir un nouvel hôpital et fait appel à Victor Horta. Celui-ci visitera des hôpitaux à travers toute l’Europe et présentera plus de 30 projets. Il choisit finalement un plan pavillonnaire qui s’intègrerait parfaitement au parc et satisferait à la préoccupation scientifique d’isoler les différentes unités médicales. Rompant avec le passé "centralisateur", il voulait que cet hôpital veille autant au bien-être mental des malades qu’à leur santé physique.
A Barcelone, l’architecte Art nouveau (disciple de Gaudi) Luis Domenech I Montaner bâtissait lui aussi le merveilleux hôpital pavillonnaire de la Santa Creu i Sant Pau classé depuis, par l’Unesco, dans le patrimoine mondial de l’humanité. A Brugmann, comme à Barcelone, des souterrains permettent le transport des malades et les services techniques entre les pavillons. Si les travaux durèrent de 1907 à 1923, les grands projets d’Horta ne purent jamais totalement être exécutés, mais ce qu’il a bâti reste très intéressant : des pavillons de briques rouges avec des frises de briques blanches, placés en "arête de poisson" dans un parc (hélas abimé aujourd’hui par le parking sauvage).
Si l’exubérance de l’Art nouveau est quasi absente de ces bâtiments, contrairement à son homologue espagnol, la virtuosité et l’inventivité d’Horta sont bien présentes. Pierre Puttemans estime même que "le dépouillement et la disparition de la paille de l’ornement servent à leur façon l’autorité de la composition architecturale".
D’autres architectes ont ensuite œuvré sur le site et, en particulier, le grand architecte trop méconnu Henry Lacoste qui y a construit en 1933, en style Art Déco "égyptien" (il faut voir les bureaux du directeur et la bibliothèque !), le beau bâtiment de la Fondation médicale Reine Elisabeth. D’autres interventions furent parfois nettement moins heureuses.
Philippe Samyn a gagné le concours organisé en 1994 pour accroitre considérablement l’hôpital et le moderniser. Le parti pris fut, d’emblée, de placer les nouvelles interventions au second plan par rapport à l’architecture d’Horta et accessoirement d’Henry Lacoste. Les nouveaux bâtiments devaient augmenter considérablement les surfaces dévolues à l’hospitalisation, aux bureaux et aux laboratoires et "mailler" l’hôpital avec l’hôpital des enfants tout proche et la future polyclinique. Philippe Samyn a d’abord veillé à préserver et même à retrouver la structure pavillonnaire et l’atmosphère de parc des pavillons d’Horta en rasant certains bâtiments intempestifs construits par après.
La nouvelle aile n’entre nullement en concurrence avec Horta. Pour cela, il a choisi de recouvrir tous les bâtiments nouveaux, façades comme toits, de zinc, une solution très discrète qui rappelle les toits des pavillons d’Horta mais qui laisse surtout intacte la vision des briques d’Horta et la structure de son hôpital.
Les cinq grands bâtiments de Samyn (avec une surface totale nouvelle de 37 000 m2), alignés, viennent se glisser dans l’espace libre. Ils regroupent les urgences, la maternité, les soins intensifs, les services de revalidation, les services techniques et les laboratoires. Ces derniers sont en sous-sols et les deux étages supérieurs, éclairés par de grands patios (qui seront arborés) et par une galerie vitrée, sont réservés aux chambres (250 chambres supplémentaires) avec un souci de confort particulier pour les malades : les fenêtres se prolongent jusqu’au sol, laissant entrer la lumière, et chaque chambre possède un petit balcon. Cette aile neuve a la rationalité qui caractérise le travail de Samyn : un long couloir réservé au personnel soignant distribue les cinq ailes et, de l’autre côté, un couloir est réservé aux patients. Avec comme objectif de diminuer au maximum les circulations entre services.
Philippe Samyn a aussi rénové la chapelle (classée) et la morgue pour les convertir en salles de séminaires et il a prévu une passerelle pour joindre directement la maternité et l’hôpital des enfants. Ces travaux ont pris près de quinze ans sans que le fonctionnement de l’hôpital ait dû être interrompu. Notons que tout près de là, le bureau Philippe Samyn and Partners a aussi pris en charge la "reconstruction" de la clinique psychiatrique Sans souci.
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