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Biennale de Venise
L’usage et l’usure seront à Venise
Guy Duplat
Mis en ligne le 22/01/2010
La ministre de la Culture, Fadila Laanan, a confirmé hier le choix que le jury avait fait pour représenter la Communauté française en septembre à la Biennale d’architecture. En vertu de l’alternance linguistique, ce sont cette fois les francophones qui occuperont le beau pavillon belge.
Il y eut 42 projets présentés, signe d’une belle vitalité dans ce secteur. Le jury, après avoir présélectionné trois projets, a choisi "Usus/Usures" déposé par l’ASBL "Rotor", composé de jeunes architectes qui ont choisi un anthropologue (David Jamar) et une sociologue (Benedikte Zitouni) comme commissaires. La Communauté française leur alloue un budget de 150000 euros.
Le jury s’était réuni en décembre et comprenait quatre experts extérieurs : trois anciens commissaires pour la Biennale, les architectes, Pierre Hebbelinck, Maurizio Cohen et Jean-Didier Bergilez ainsi que l’architecte et critique français Rafael Magrou.
Le projet "Usus/Usures" a séduit le jury car il lui semblait à même d’apporter une idée originale et forte dans un environnement très concurrentiel entre pavillons, une idée compréhensible par tous, portée par un groupe multidisciplinaire (et pas un architecte isolé) et de pouvoir générer par après, une suite. Le thème est loin de la monographie ou de l’architecte "starifié" mais touche à l’architecture au quotidien, au choc entre l’espace bâti et le corps.
Lionel Devlieger nous précise que le collectif dont il est membre est né en 2005 et n’est pas un bureau d’architectes traditionnel. Ses membres (qui ont de 23 à 37 ans) s’intéressent au flux des matériaux et à leur usage. Il associe des gens venus du spectacle et a réalisé l’aménagement des Brigittines lors du dernier Kunstenfestivaldesarts et fera de même cette année au KVS. Rotor s’occupe autant de l’architecture que de la scénographie et du choix des matériaux (leur site est www.rotordb.org).
"La base de notre expérience, explique Lionel Devlieger, professeur associé à l’université de Gand, ce sont des dizaines de visites d’entreprises. Et nous voulons développer une autre approche de l’usage et de l’usure. Un matériau usé n’est pas forcément une tare, être un matériau à remplacer."
Dans un communiqué, le cabinet précise que Rotor "a rassemblé des artistes, des photographes, des anthropologues, des architectes et des experts en matériaux autour de questions comme : quels sont les éléments qui conditionnent le rapport entre un usage (usus) et les traces matérielles laissées par celui-ci (usure) ? Comment ce rapport peut-il devenir la source d’un renouvèlement dans l’art de la construction ? Quelle est la place que peut revendiquer ou doit reconquérir l’usure en architecture ? Le collectif se penchera sur une série d’équipements et de créations anonymes, tous issus du territoire belge, tous dignes d’intérêt pour la façon dont ils ont été utilisés et pour la façon particulière dont ils en témoignent." Lionel Devlieger estime qu’il est encore trop tôt pour détailler ce qu’on verra au pavillon, mais il confirme que des photographes y joueront un rôle essentiel pour montrer ces objets usagés et usés.
La question est donc celle de l’usage de l’architecture. Les Japonais disent qu’on ne vit pas dans des murs, mais dans l’espace entre les murs. En mode, pour prendre une comparaison, on ne vit pas dans un jean comme vu dans la pub, mais avec un jean usé et roulé en boule au pied du lit. Et Lionel Devlieger aime cet exemple car la mode a même fait son beurre du jean usé artificiellement comme étant un "avantage". Bob Van Reeth alors bouwmeester en Flandre, disait déjà qu’il jugeait une architecture à la question de savoir si elle ferait une "belle ruine". Et lors de la dernière Biennale de Venise en architecture, un film exemplaire montrait l’usage et l’usure de la maison de Rem Koolhaas à Bordeaux, vue par Guadelupe, la femme de ménage espagnole.
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