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"Le plus beau musée du monde"
Guy Duplat
Mis en ligne le 02/02/2010
Il y avait foule ce weekend à Essen, capitale de la Ruhr, pour l’ouverture au public du tout nouveau musée Folkwang, œuvre du célèbre architecte anglais, David Chipperfield. Cette région, proche de la Belgique, gagne ainsi encore un musée qui vient s’ajouter à l’impressionnante série existante (K20 et K21 à Düsseldorf, musée Ludwig à Cologne, Insel Hombroich à Neuss, etc.). L’ouverture du nouveau Folkwang est l’évènement le plus marquant de cette année où la Ruhr a été choisie comme capitale européenne de la culture.
Le musée est tout blanc, de plain-pied, avec des grandes baies vitrées et une abondante lumière zénithale tombant des plafonds vitrés. Le Folkwang nouveau a de la classe. Les salles s’articulent tout naturellement autour de quatre patios intérieurs arborés. La hauteur des plafonds (6 m) permet les grandes installations contemporaines. Une très grande salle (1 400 m2), sans colonnes, est dédiée aux expos temporaires. Des salles sont à l’abri de la lumière du jour pour les expos graphiques ou photo. Un des défis était de construire à côté d’une grand-route (avenue Bismarck). Chipperfield l’a résolu élégamment en créant un grand plan incliné menant à une cour ouverte incluse dans le musée et qui elle-même, donne sur le vaste patio d’accueil. De là, la circulation vers les salles rayonnantes, le resto et la librairie, est évidente. Les façades sont en verre opaque comme l’albâtre, changeant de couleur avec la lumière. "Vous pouvez vous perdre dans la contemplation du musée, explique Chipperfield, mais vous pouvez aussi retrouver directement votre chemin."
Un musée élégant, pur, comme du Renzo Piano ou de l’Alvaro Siza, loin des gestes architecturaux à la Zaha Hadid ou Frank Gehry. David Chipperfield a la réputation d’agir délicatement, de tenir compte du contexte et de lier harmonieusement le contemporain et les bâtiments existants. Ce grand bureau londonien (150 collaborateurs) venait d’achever la rénovation impressionnante du Neues Museum à Berlin et travaille à des projets comme l’extension du cimetière San Michele à Venise.
A Essen, Chipperfield a continué de manière très contemporaine l’architecture du musée ancien, classé, déjà de plain-pied et composé de salles autour de patios. Cette partie ancienne, en réfection, rouvre à partir du 20 mars pour une expo majeure intitulée "Le plus beau musée du monde". Un titre, certes présomptueux, mais qui se réfère à une phrase prononcée en 1932, par Paul Sachs (cofondateur du MoMa de New York) à Essen, juste avant que les Nazis pillent le musée. On pourra alors revoir les collections XIXe et XXe du musée et celles d’art premier, et redécouvrir les trésors que contenait le musée à cette époque, pillés dans les années 30 et prêtés pour l’évènement. On découvrira le Folkwang nouveau dans son entièreté, avec 7 000 m2 d’exposition et les deux parties reliées par deux couloirs vitrés.
Ce weekend, le choix était de ne montrer "que" la partie neuve pour marquer la volonté de s’inscrire dans le futur et pas seulement dans un passé prestigieux dont témoignent des Van Gogh majeurs, les "Contes barbares" de Gauguin ou les "Carrières de Bibémus" de Cézanne. Les 55 millions d’euros du nouveau musée ont été payés en totalité par la Fondation Alfried Krupp von Bohlen und Halbach. Essen est la ville des Krupp. C’est là que l’immense fortune du sidérurgiste est née et on y visite toujours l’impressionnante Villa Hügel des Krupp. Leur fondation est d’une richesse inimaginable. En 40 ans, elle a distribué près de 600 millions d’euros.
Les collections du Folkwang, ce sont d’abord, les peintures françaises et allemandes de la fin du XIXe et du début XXe siècle avec Van Gogh, Cézanne, Gauguin, Manet, Courbet, Daumier, Renoir, Caspar Friedriech, présentées avec de l’art premier du Pacifique, d’Afrique et d’Asie
La partie contemporaine du musée ouverte ce weekend, présente d’abord, dans un accrochage un peu "littéral", une sélection de la collection contemporaine: Pollock, Barnett Newman, Rothko, Warhol, Soulages, Klein, Reinhardt, Stella etc. qui témoignent de ce que le musée, dès le lendemain de la guerre a opté pour la modernité et chasser l’époque nazie qui fustigeait l’"art dégénéré". Mais on voit aussi beaucoup d’œuvres vraiment contemporaines: un ensemble de Roni Horn, un autre de l’Atelier Van Lieshout, une suite d’On Kawara, des Richter, une installation de Simon Starling (récent Turner Prize) et une vaste œuvre de Lothar Baumgarten imprégnée de Levi-Strauss: il a présenté à des indigènes d’Amazonie, des peintures d’oiseaux exotiques de Dresde, leur demandant de redessiner à leur tour, et sur une table dressée, les couverts sont des plumes d’ara et des piques de porc-épic.
D’autres salles présentent un fort belle sélection de la riche collection de photos du musée (50 000) avec entre autres, une série d’August Sander, Le Folkwang possède enfin, une collection d’affiches (12 000) dont un choix est montré pour l’instant.
Museum Folkwang, Essen. Ouvert tous les jours sauf lundi, de 10h à 20h. L’expo "Das schönste Museum der Welt" se tiendra du 20 mars au 25 juillet.
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