La Libre.be > Culture > Arts visuels > Article
Art contemporain | Exposition
Franz West: un art à prendre en main
Guy Duplat
Mis en ligne le 02/02/2010
Le musée Ludwig de Cologne propose une rétrospective de l’œuvre de l’artiste autrichien Franz West, connu en Belgique, entre autres, par ses deux grandes têtes/sculptures bleues en papier mâché, sur la place Rubens à Knokke.
Malgré le côté déconstruit, fragile et volontairement mal fait de son travail, Franz West est un des artistes très importants de ces dernières décennies, proposant une œuvre d’apparence minimale, mais qui interroge sans cesse ce qu’est l’œuvre d’art, l’interactivité avec le spectateur, la frontière entre art et design, les ambigüités de la forme et du non-formel, l’idée de socle, le rôle du musée pour "subvertir" l’objet.
Né en 1947 à Vienne, Franz West collabore d’abord avec les actionnistes viennois mais poursuit ensuite sans le côté trash, sanglant et sexuel d’Hermann Nitsch. Il répète aussi sa dette à l’égard de Josef Beuys et bien sûr, Marcel Duchamp.
A l’entrée du Ludwig, on retrouve ce qui est devenu depuis vingt ans, la signature de ses expos: des dizaines de divans, créés d’abord à la Documenta de Kassel en 1992, et hommage au divan de Freud, viennois comme lui. Des divans en fer peu confortables, volontairement négligés, sur lesquels sont posés des tapis d’Orient ou des wax africains usagés, mais qui sont utilisés comme sièges par le public. Un exemple emblématique de ces objets à la frontière de la sculpture et du mobilier. Par leur côté artisanal, ils ne sont pas du design "léché" vendu aujourd’hui, mais sont-ils alors de l’art? S’assoir sur une œuvre semble l’antithèse de l’art à préserver et à protéger? Franz West qui se nourrit de Lacan, Wittgenstein ou Benjamin, adore les interrogations sur le sens de l’acte artistique. A la suite de Duchamp qui introduisit le ready made dans l’art, il pose la question de la différence entre l’objet industriel et l’art.
Dans nombre de ses travaux, Franz West propose aux visiteurs d’éprouver l’œuvre par le contact avec son corps. A Cologne, il a disposé de nombreux "Pass-stück", des objets en papier mâché et plâtre à porter contre soi et dont les formes "molles" s’adaptent à celles du corps. Les visiteurs sont invités à s’en saisir (un sigle indique quand il peut interagir avec l’œuvre) et à les utiliser comme "prothèses", comme instrument de musique, ou comme bon lui semble (mais on ne peut pas les endommager). A nouveau, il s’en réfère à Freud qui disait que l’homme est la prothèse de Dieu.
Nicolas Bourriaud, l’ex-directeur du Palais de Tokyoà Paris, fin connaisseur de Franz West, expliquait que l’œuvre que le visiteur était venu voir, disparait au profit de son usage. L’intérêt visuel est évincé par la découverte tactile de l’objet. Franz West réintroduit les objets d’art dans le circuit du quotidien. Ses objets sont, selon sa propre expression, des "adaptateurs entre l’art et la vie".
A l’étage, une installation fixe du Ludwig poursuit la réflexion jusqu’à la mise en abyme. Au milieu d’une salle du musée, deux sièges primitifs en tôle et barres à béton, sur une plaque de métal, attendent les visiteurs. Ils permettent de regarder, fixés au mur, trois monochromes de métal. Où commence l’œuvre, où s’arrête l’art? Et le visiteur en s’asseyant, fait automatiquement partie de l’œuvre.
En 1994, lors de son expo au Dia Center de New York, il installait ses canapés et ses tables sur le toit du bâtiment. Pour Franz West, l’important "n’est pas à quoi ressemble l’art mais comment il est utilisé". La mise en scène de ses expositions est toujours travaillée avec minutie afin d’éviter au public d’être passif durant sa visite. Il propose à Cologne, des "cabines" et des paravents. Le visiteur peut se saisir d’un "pass-stück", se cacher en cabine et y réaliser les mouvements qu’il veut devant un miroir (notre photo) ou une caméra. Un paravent est prévu pour s’y déshabiller totalement si on le souhaite (en prévenant les gardiens) et y attendre nu, pendant cinq minutes.
Franz West a réalisé beaucoup de sculptures de papier mâché, qui sont en 3D, ce que les dripping de Pollock sont en 2D: des formes rapides, déstructurées formant des rochers ou des nuages colorés. Par ironie, il les appelle "enfin deux bonnes sculptures". Sur d’autres formes, on peut voir, si on veut, des bouches ou des nez, comme sur celles placées à Knokke ou devant le Palazzo Grassi de Pinault à Venise. Leur aspect informel, n’empêche nullement, au contraire, leur matérialité.
West a développé ensuite ces concepts en créant des sculptures de plein air, pour parcs out jardins, en résine époxy, comme des boudins enfantins colorés ou des serpentins figés.
En 1998 - et l’expo actuelle en montre les traces -, il créa pour le musée Ludwig, une installation composée de 25 tables et 100 chaises qui furent installées dans la cafétéria pour les consommateurs. Point extrême de son interrogation sur l’utilité concrète de l’art. Il appela son œuvre, "Kantine", un jeu de mots sur la "Cantine" et sur le féminin de Kant qu’il célébra au vernissage en offrant aux visiteurs, un plat typique de Königsberg, la ville de Kant.
Franz West, "Auto-théâtre", au musée Ludwig à Cologne, jusqu’au 14 mars.
Le rire "communicatif" du...
François Fillon à Bruxelles
Le trophée de l'Euro 2012 se...
Il saute d'un hélicoptère...