La Libre.be > Culture > Arts visuels > Article
Art contemporain | Liban (3/3)
L’art actuel répond aux bombes
Guy Duplat
Mis en ligne le 23/04/2010
Il existe de nombreuses galeries d’art à Beyrouth et une longue tradition d’art moderne. Pour l’instant, on y présente par exemple deux artistes importants de l’art moderne libanais, des abstraits du XXe siècle : Paul Guirogossian et Shafic Abboud. Mais par contre, l’art contemporain, parlant directement du monde actuel, utilisant des formes variées et novatrices, fut longtemps absent du Liban. Les choses bougent depuis l’ouverture en 2009 du Beyrouth Art Center dirigé par Sandra Dagher, 32 ans, et par l’artiste Lamia Joreige. Toutes deux auraient pu choisir de vivre entre l’Europe et les Etats-Unis, là où l’art contemporain est reconnu, mais elles ont choisi Beyrouth avec l’énergie, la détermination, voire le courage que cela nécessite.
Il faut quitter le centre-ville pour trouver dans un quartier industriel, une ancienne usine de meubles transformée en centre contemporain tout blanc à l’architecture modulaire : 1500 m2, une médiathèque qui permet, sur place, de visionner les œuvres des principaux artistes libanais actuels, une cafétéria, un book shop et des expos qui montrent pour la première fois à Beyrouth, les travaux de grands artistes d’aujourd’hui comme la Palestinienne Emily Jacir qui vient d’y présenter une rétrospective. En juin, se tiendra une expo Mona Hatoum et fin 2010, ce sera le tour de Chris Marker qui influença nombre d’artistes libanais. Le choix est tant de montrer des artistes reconnus que le public libanais n’a pas l’occasion de voir que de donner une chance aux jeunes créateurs libanais.
Le lien avec les guerres qui ont frappé le Liban est clairement indiqué. Sandra Dagher fut déjà à la base du premier pavillon libanais à une Biennale d’art à Venise, en 2007. Elle y présentait cinq artistes contemporains qui souvent parlaient des conséquences de la guerre. Le catalogue ouvrait ainsi : "Lorsque durant l’été 2006, Beyrouth fut bombardée par l’aviation israélienne, je me demandais comment aider pratiquement les Libanais et comment donner forme à cette folie ressentie par beaucoup. Le mieux, m’a-t-il semblé, était d’organiser une exposition d’artistes actuels du Liban, une idée poétique." Le gouvernement ne fit rien pour aider l’initiative prise en charge par des sponsors privés. "Tant mieux, écrivait Sandra Dagher, car cette absence de subsides libérait les artistes et les commissaires de toute interférence politique."
En parallèle, Sandra Dagher et Lamia Joreige réfléchissaient à ouvrir un lieu d’art contemporain, une kunsthalle au cœur de Beyrouth, sans aides de l’Etat, avec des seuls sponsors privés. L’attentat contre Hariri, l’attaque israélienne et ses suites, ont reporté le projet à 2009. Il connut d’emblée le succès. Le BAC organise quatre expos par an (thématiques ou monographiques), une expo sur les artistes émergents et, chaque mercredi, des évènements liés à l’expo en cours (conférences, concerts, débats).
Sandra Dagher a grandi en France mais est retournée au Liban il y a dix ans pour ouvrir une galerie privée d’art contemporain et, aujourd’hui, ce Beirut Art Center. En pleine liberté ? "La censure, bien présente au Liban, porte sur les livres en arabe, le théâtre et le cinéma, pas sur l’art actuel qui peut poser les questions qui font mal."
Beaucoup se demandent pourquoi ces artistes parlent si souvent des suites des guerres. Elle répond qu’au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, ce fut aussi un grand sujet de l’art occidental et qu’ici, il faut en parler parce qu’on cherche toujours à occulter le sujet.
La flambée des prix autour de l’art du Moyen-Orient dû à la récente expo Saatchi et au boom des foires d’art dans le Golfe, ne plait pas à Sandra Dagher. "Ces artistes ont travaillé lentement et puis ils voient cette flambée des prix malsaine. Ils ont la tentation de céder à ce nouvel orientalisme (au sens d’Edward Saïd) où le marché international dicte les sujets qui lui plaisent, en particulier autour de la femme voilée. Beaucoup d’institutions nous sollicitent aussi, mais nous voulons d’abord consolider notre assise à Beyrouth. Le mélange des cultures au Liban est unique et il tiendra en résistant à ces effets de mode."
Quelques galeries se lancent aussi dans le contemporain comme Sfeir Semler.
Un tout autre type de travail est réalisé par la "Fondation arabe pour l’image", à nouveau lancée sur fonds privés, par un groupe de photographes libanais. Ils collectent et protègent les photos historiques du Moyen-Orient menacées de disparaitre, un travail de mémoire qui comprend déjà 400000 images classées, placées dans une pièce réfrigérée. Cette Fondation entreprend par exemple la recension complète du travail du photographe de studio de Saïda, Hashem El Madani et montre ses photos dans les boutiques de la ville. L’anthropologue libano-française, Yasmine Eid-Sabbagh mène un travail passionnant et de longue haleine dans le camp palestinien de Burj al-Shamali, près de Tyr, pour y collecter les images amenées par les réfugiés palestiniens et pour initier à l’image, des dizaines de jeunes, devenus petit à petit, de vrais photographes au regard singulier. Un travail sur le rapport à l’image, loin des opérations éclairs où on se contente de distribuer des appareils aux jeunes des bidonvilles. Et au camp martyr de Chatila, le jeune photographe Hisham Ghuzlan, grâce à des aides allemandes, développe un travail très intéressant sur la vie dans ce camp. Plusieurs journaux et magazines étrangers ont déjà repris ses photos (voir la nôtre).
La photographie est aussi un art contemporain en plein développement au Liban.
Le rire "communicatif" du...
François Fillon à Bruxelles
Le trophée de l'Euro 2012 se...
Il saute d'un hélicoptère...