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Politique culturelle

"Valoriser nos musées grâce aux synergies"

Guy Duplat

Mis en ligne le 30/07/2010

La nomination de Michel Draguet au Cinquantenaire préfigure une (r) évolution. C’est le plan de Philippe Mettens, le patron de l’administration.
Entretien

Philippe Mettens, président du comité de direction de la politique scientifique fédérale, "Belspo", le dit clairement : la nomination de Michel Draguet comme directeur intérimaire du Cinquantenaire (lire nos éditions précédentes) est un signal pour marquer une évolution de nos établissements scientifiques fédéraux vers de plus grandes synergies et un décloisonnement de leurs collections. Il nous explique sa stratégie.

Il y a dix établissements (ESF) : musées des Beaux-Arts, du Cinquantenaire, de Tervuren, Irpa, museum des sciences naturelles, Observatoire royal, IRM, institut d’aéronomie spatiale, bibliothèque royale et archives générales du Royaume. Ils représentent un énorme patrimoine, souvent de niveau mondial, mais ils sont sous-financés et régulièrement menacés d’être communautarisés, ou pire, cogérés par les deux Communautés. Leur statut fut aussi l’objet d’un long bras de fer, Philippe Mettens plaidant depuis six ans pour une plus grande synergie entre institutions alors que des directeurs et le ministre de tutelle plaidaient, au contraire, pour une plus grande autonomie de chaque établissement. C’est la première voie qui semble aujourd’hui gagner avec l’aval de la ministre, Sabine Laruellle.

"On n’a pas envie, nous explique Mettens, de considérer ces établissements comme des vieilles commodes à fourguer quelque part après l’héritage. J usqu’il y a quelques années, on disait encore que ces ESF n’avaient pas bougé depuis longtemps. Le risque était alors de les considérer comme poussiéreuses. Il convenait de leur redonner leur lustre, d’en faire des outils de développement, non seulement scientifique mais aussi économique comme l’a montré le succès éclatant du musée Magritte. Celui-ci a montré qu’une politique dynamique pouvait être un atout pour Bruxelles."

Pour avancer dans les synergies qu’il appelle de ses vœux et vaincre la résistance des directeurs jaloux de leur autonomie, Mettens brandit la certification ISO 9001 décernée par Vinçotte à Belspo : "c’est une reconnaissance de la qualité des services que notre administration peut fournir à ces établissements. Souvent, ceux-ci ont justifié leur demande d’autonomie par une prétendue incurie de l’administration. Nous pouvons maintenant montrer qu’en mutualisant certains postes, on permet à ces établissements de mieux se concentrer sur leur core business, en s’appuyant sur l’apport de l’administration. L’autonomie des établissements serait aux antipodes de la réforme qu’on souhaite. Nous voulons au contraire, diminuer les cloisonnements, casser les murs, opérer des regroupements patrimoniaux. Mais pour cela, je le répète, il fallait d’abord démontrer que nous étions crédibles."

Comme exemple de regroupement patrimonial, il cite la coexistence qu’il juge absurde, de deux projets sur l’Art Nouveau et le XIXe siècle, mené l’un, par les musées des Beaux-Arts, l’autre, par le Cinquantenaire, chaque fois avec des sponsors. "Cela jette la confusion dans le public. Il faut un seul projet." Il cite aussi les bibliothèques qui existent un peu partout sans coopération suffisante, les archives disséminées, etc., pour plaider pour des regroupements thématiques.

Philippe Mettens plaide en ce sens depuis des années mais s’est longtemps heurté à son ministre de tutelle et à plusieurs directeurs d’établissements. "Lors du renouvèlement de mon mandat, cela se trouvait dans mon plan de management approuvé alors par la ministre Sabine Laruelle. Ce plan prévoit la création de coupoles qui sont des structures souples dans lesquelles se trouveraient les directions concernées par ces regroupements". Il pourrait ainsi y avoir, une coupole "Art" avec le musée des Beaux-Arts, le Cinquantenaire et l’Irpa, une coupole "Climat" avec les trois institutions du plateau d’Uccle mais avec aussi, le secrétariat de la plate-forme polaire, le musée de Tervuren qui a des compétences sur le climat en Afrique et le Museum des sciences naturelles. Ces deux derniers musées peuvent se retrouver aussi dans un autre pôle en même temps. "On créerait des sous-ensembles souples qui permettent de mieux agir pour le dynamisme de notre patrimoine. Les établissements ont vu ces dernières années qu’en se regroupant, elles peuvent obtenir davantage de moyens et mieux dialoguer avec la Régie des bâtiments. L’autonomie apparait comme un fantasme. Je suis ahuri quand je constate encore aujourd’hui que des gens travaillant côte à côte sur le plateau d’Uccle, ne se parlent parfois pas. Collaborer, faire opérer des "peer review" (analyses par des experts), est le contraire du conservatisme."

Philippe Mettens connait les difficultés politiques de son plan. D’abord communautaires. Il faut éviter une communautarisation de ces institutions et maintenir la parité linguistique. "Celle-ci ne disparaitrait pas et on garderait un équilibre linguistique 5-5 entre les dix institutions. Pour les coupoles, on trouverait aussi une parité linguistique dans leur direction." Il veut mettre ce plan sur la table du futur gouvernement et démontrer ainsi, dit-il, que ces institutions ont un avenir et une renommée qu’il serait absurde de compromettre en les scindant. La nomination de Draguet à un double poste est alors une prémonition de ces ambitions (lire aussi ci-contre, l’avenir du plan de digitalisation).

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