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Art de rue
Des graffeurs occidentaux séduits par les jungles urbaines d'Asie
AFP
Mis en ligne le 30/07/2010
Loin de New York ou Paris, des artistes occidentaux du "street art" s'affairent, bombes de peinture à la main, dans les mégapoles d'Asie comme Jakarta, où graffitis, tags et pochoirs sortent peu à peu de la clandestinité. Minuit passé, sous le pont glauque d'une autoroute urbaine de la capitale indonésienne.
Salués par de rares passants, Kongo, Lazoo et Sonic réalisent une longue fresque sur un mur lépreux. Sans crainte de la police car les autorités locales ont donné leur feu vert à cette "expérience artistique".
En France et aux Etats-Unis, leur pays, ces graffeurs sont reconnus et célébrés. Ils vendent des toiles et participent aux plus grandes manifestations d'art urbain.
"Mais ça nous fait vraiment du bien d'élargir notre horizon, de découvrir le boom du graff' en Asie. On y ressent une folle énergie, un grand besoin de s'exprimer", s'enthousiasme Cyril Phan, alias Kongo.
Après avoir exposé à Hong Kong et bientôt à Singapour, participé à un festival en Chine, cet artiste de 41 ans vient de passer plusieurs semaines en Indonésie en compagnie de six autres graffeurs français et américain. L'occasion de vendre des toiles mais surtout de "faire des murs" avec des artistes locaux.
"On a un choc visuel en arrivant à Jakarta, mégapole énorme, sorte de monstre urbain avec des gens partout, le jour comme la nuit. C'est très stimulant pour nous", témoigne Lazoo, artiste français basé à Bagnolet, près de Paris.
"Et, en plus, il y a pleins de murs pourris!", s'amuse-t-il, ravi d'en peindre un aux côtés de l'Américain Sonic, vétéran de la scène graff' de New York, où il s'est rendu célèbre en "décorant" des rames de métro dans les années 1980. A 49 ans, ce dernier voit "émerger" en Asie une "nouvelle génération de graffeurs, toniques et décomplexés".
A l'exception du Japon, les pays asiatiques "ont réellement découvert le graffiti il y a une dizaine d'années, soit environ 30 ans après les Etats-Unis et 20 ans après l'Europe", souligne Suridh Hassan, co-auteur de "Graffiti Asia", un nouveau livre sur la scène undergrounds dans sept pays, de la Thaïlande à Taïwan.
Bien que marqué par l'influence occidentale, le graffiti a "une dimension moins contestataire et rebelle en Asie; il est davantage tourné vers l'esthétisme, la mode...", précise-t-il. Darbotz, l'un des graffeurs indonésiens les plus en vue, a ainsi fait ses armes dans une agence de publicité. A 28 ans, il continue à jouer au chat et à la souris avec la police pour signer des murs mais expose aussi ses toiles de monstres et de pieuvres en noir et blanc dans les galeries à la mode de Jakarta.
Même succès pour Nsane5, salué par ses "collègues" européens pour "son coup de pinceau" lorsqu'il manie une bombe aérosol. "Je me suis lancé dans le graff' à 14 ans, vers 2000, en m'inspirant de ce que je voyais sur les sites web mais aussi des traditions indonésiennes" comme les marionnettes du theâtre d'ombre et les motifs des textiles batiks, raconte-t-il.
Pour lui comme pour Kongo, le "street art" gagne du terrain car il fait pleinement partie de la nouvelle culture "globale", avec le hip hop ou les jeux vidéo, qui se joue des frontières ou des langues, et que "chacun adapte à sa propre culture".
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