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Mode | Exposition
De l’art d’être pomponnée
Mis en ligne le 03/09/2010
Le lieu se fait des plus discrets, ne se laissant découvrir qu’une fois la grande grille du parc dépassée. Aurait-on imaginé, dans cette zone moderne et résidentielle de Granville, tomber nez à nez avec cette villa dite des "Rhumbs", au chic discret, presque austère, propre à l’architecture normande ? Une bâtisse au style élégant mais sage, comparé au paysage qui l’environne : le musée Christian Dior prend place dans l’ancienne maison du couturier, elle-même plantée dans un décor étrangement paradisiaque, au bord d’une abrupte falaise se jetant dans la mer, le luxuriant jardin de Dior. Un lieu des plus odorants et pour cause.
L’on y croise en effet les fleurs et senteurs qui ont nourri les plus grandes fragrances de la maison Dior. Car l’on omet souvent de rappeler que Christian Dior se disait lui-même "couturier-parfumeur". Selon lui, le parfum était le complément indispensable de la personnalité féminine, la touche finale d’une robe. Une idée que n’a pas manqué d’exploiter le musée Dior, créant un fil conducteur entre le couturier du siècle passé et ses actuels visiteurs.
Ainsi, explorant les recoins du jardin, on ne manquera pas de croiser sur son chemin quelques boites aux senteurs malicieuses. L’on y lit d’abord le nom d’une fragance connue de la maison. "Miss Dior", le premier parfum de la griffe, "Eau fraiche", premier jus créé pour les hommes et pour les femmes, ou encore le "Poison" envoutant et ses diverses variations parsèment le chemin du visiteur. La curiosité attisée, il pose alors son nez sur la boite aux senteurs afin d’identifier le composé de la fragrance. Alors, "Eau fraiche", plutôt citron ou bergamote ? En fait, les deux. Etrange parcours olfactif entre rose et jasmin - deux éléments essentiels des grands parfums Dior - au cours duquel certains retrouveront avec nostalgie les parfums des gens de leur famille, d’une grande amie, d’une passion.
Jardin et musée ne font plus qu’un durant l’été. On peut, dès l’accès au parc, découvrir un pan de l’expo de l’été (visible jusqu’au 26 septembre), "Le grand bal de Dior". Une vidéo du défilé haute couture 2008-2009 livre les images d’une mode féerique, imaginée par John Galliano dont la ligne créatrice ne déplairait pas à la reine de Saba autant qu’aux impératrices des temps nouveaux. Invité au grand bal de Dior, le visiteur intègre l’univers des grands évènements mondains et le faste qu’ils ont inspiré. Moments phare de l’aristocratie européenne, ces grands bals - qui connurent des jours somptueux durant le second Empire, à l’instigation de l’impératrice Eugénie - sont, on l’oublie souvent, encore d’actualité dans la France qui voit naitre le couturier Christian Dior. Epris d’un imaginaire fantasque, inspiré par les costumes de ballets et d’opéra, le couturier Christian Dior se fait aussi connaitre pour son talent à dessiner des toilettes de princesses et des robes pour débutantes, invitées à se présenter à la bonne société.
L’expo répond certes au plaisir premier du public et donne à voir nombre de toilettes de la maison, depuis les créations de Mr Dior, en passant par le travail de ses successeurs à la tête de la maison de création à commencer par Yves Saint Laurent, puis Marc Bohan, Gianfranco Ferré et John Galliano. On regrette cependant que les modèles imaginés par ce dernier soient autant représentés, aux dépens des premiers travaux du jeune Yves Marie Saint Laurent ou d’un Gianfranco Ferré, dont la marque de fabrique est d’évidence l’élégance discrète - ce qui ne serait pas pour déplaire à Mr Dior lui-même. Galliano démontre quant à lui qu’il partage avec le créateur de la maison cet art de faire de la mode une fête, son vestiaire s’inspirant largement du costume, des paillettes. Au total, une expo que l’on aurait sans doute attendu plus charnue (quid de la fabrique de ces toilettes, des petites mains qui y travaillent ), mais qui raconte joliment une histoire éternellement répétée sans qu’on ne se lasse de la feuilleter, l’histoire des contes de fée.
Aurore Vaucelle, à Granville
Savoir Plus
Musée et jardin Christian Dior, à Granville. Jardin en entrée libre, expo "le Grand bal de Dior", jusqu’au 26/09. Tarif 6€. Infos www.musee-dior-granville.com
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