Arts et Expos

Angel Vergara est le commissaire d’une Biennale d’art différente, disséminée dans la ville universitaire, en octobre prochain.

Dans la prolifération des Biennales d’art dans le monde, celle d’Ottignies-Louvain-la-Neuve est un petit Poucet avec sa subvention maigrichonne de 150000 euros et son rythme aléatoire (la précédente a eu lieu il y a 4 ans). Mais elle a l’art de proposer des concepts novateurs. On se souvient du projet décapant et critique qu’on découvrait en 2013 dans un parking de LLN dans les "caves" de l’université du savoir ! Une "énorme" expo, fonctionnant sans artistes, comme une installation tentaculaire, une exposition universelle disait son concepteur le plasticien Michel François. Mais non sans sens, car l’expo mettait au jour ce qui est caché, qui concerne les trafics, la face sombre et refoulée nécessaire pour que vive ailleurs le mythe d’une société en progrès continu.

Cet automne, la Biennale, dirigée cette fois par l’artiste Angel Vergara (qui occupa le pavillon belge à Venise en 2011) et le critique d’art Joël Benzakin, prend le chemin inverse: elle sort sur l’espace public (le quartier du Biéreau et la place des sciences) et invite 50 artistes mais toujours avec très peu de moyens.

Intitulée « Oh! les beaux jours » comme la pièce de Beckett, et sous-titrée « pour une esthétique des moyens disponibles », elle se tiendra du 6 octobre au 10 décembre, en parallèle avec l’ouverture en novembre du nouveau musée de LLN, le musée L, installé dans l’ancienne bibliothèque des sciences d’André Jacqmain.

Pyramide de chewing-gums

La liste des 50 artistes invités est impressionnante, dont Saâdane Afif, Francis Alÿs, Daniel Buren, David Claerbout, Eric Duyckaerts, Lionel Esteve, Michel François, Meschac Gaba, Kendell Geers, Pierre Huyghe, Ann Veronica Janssens, Pascal Marthine Tayou, Christophe Terlinden, Harald Theys & Jos Degruyter, etc.

A tous, les commissaires ont dit qu’ils n’avaient a priori pas de moyens pour les payer mais qu’ils fassent des propositions et on verrait si on peut trouver des partenariats, y compris avec l’université (comme Michel François avec la fac d’agronomie). « La philosophie, explique Joël Benzakin, est de rompre avec la marchandisation de l’art et la place des firmes de luxe qui vont supplanter les musées. Il s’agit de s’interroger sur les limites de la société et de l’art, et de retrouver le geste d’un art offert à tous ».

Parmi les artistes invités, ces grands noms qui viennent séduits par le projet et par amitié avec les co-commissaires. Les œuvres sont: 18 installations dont une pyramide de chewing-gums mâchés d’Igor Antic, des grande photos dont celles de Pierre Huyghe, des vidéos par exemple d’Alÿs et Claerbout, des workshops participatifs, des performances dont Buren refaisant ses affichages sauvages. Elles prendront place dans l’espace public et sont pensées en interaction avec les acteurs de la ville. L’expo sera évolutive pendant les deux mois. Le 21 octobre sera une journée de performances dans la ville. L’UCL a dit laisser pleine liberté aux artistes pour intervenir dans l’espace public.