Arts et Expos

Les expositions montées par Pierre-Olivier Rollin en son monumental espace industriel de l'Université du Travail sont rarement anecdotiques. Celle-ci confirme une règle d'or qui fait de chaque exploration un lieu de découverte peu ou prou inédite.

Aujourd'hui, la mise en scène investit un univers musical déjanté par la bande. Par petites touches, recoupements, associations, onomatopées même. C'est dire si, mêlant arts plastiques et veines rock, disco, free jazz ou punk, l'exposition sort des sentiers rabattus. D'où son intérêt, évident, même si, quelque part, il y manque comme un zeste de folie en plus.

La partie n'était, il est vrai, pas gagnée d'avance. Elle a donc le mérite d'avoir osé rapprocher des terrains pas forcément collatéraux même si, et l'accrochage le démontre, les implications réciproques entre art et musique sont plus fréquentes qu'on croit. Pas gagnée d'avance, car il peut s'avérer dangereux de mettre en place, en un même lieu, des sons qui, se "téléscopant", mettraient à mal l'ambiance escomptée. Rollin a évité le piège en ne multipliant pas les résonances. Il ne voulait pas davantage recréer une discothèque qui en aurait mis plein la vue. De mèche avec Judith Quentel, co-commissaire et directrice artistique du Domaine départemental de Chamarande dans l'Essonne, il a privilégié des sonorités en sourdine, à découvrir le plus souvent écouteurs sur les oreilles. D'où l'impression, somme toute agréable, de se retrouver comme un poisson dans l'eau, voir un pêcheur taquinant solitaire l'ablette et ses frémissements au fil de l'onde.

La musique crée des images

Cette exposition suscite la réflexion et, fort éclectiques, les oeuvres aux cimaises et dans l'espace y aident diversement. Ce qui donne son sel, son piquant, aux confrontations suscitées par ce que l'on pourrait appeler l'orchestration des parallèles et des contraires.

Si bon nombre des pièces au programme proviennent de Chamarande, demeure seigneuriale qui contraste aussitôt avec l'espace du labeur que rappelle le site du B.P.S., certaines autres sont l'apanage de collections privées ou publiques belges. 22 artistes sont de la partie et, bien évidemment, il en est parmi eux qui tirent mieux que d'autres leur épingle du jeu. Comment ne pas plébisciter la très ludique vidéo-installation de Marina Abramovic intitulée "Magnetic Dance". Si l'artiste s'y découvre en rouge et en flou dans une performance de longue haleine, rien ne vous empêche, au contraire, de lui donner la réplique : une piste composée de huit carrés d'alu et des godasses à claquettes n'attendent que vous ! Remarquées aussi cinq photographies de Bruno Serralongue, captées à Las Vegas en 1996 : les portraits de fans de Johnny Halliday piégés dans un décor qui leur ressemble peu.

Relativité des gestes et des tendances, voire revendications politiques sous couleur de culture : tout est un peu dans tout dans cette expo.

Ainsi, quand Jeremy Deller et sa Wall Painting, "History of the World", associent disparition des fanfares ouvrières et émergence d'une musique techno aux implications sociales. Ailleurs, "Untitled Free Jazz Mobile" de Peter Coffin occupe l'espace avec ses instruments suspendus, tandis que, plus minimalistes, les caissons colorés et lumineux d'Angela Bulloch évoquent les années disco. Autre temps suspendu : la pièce d'eau, sans titre, de Céleste Boursier-Mougenot. Silence d'eau, silence d'or, musique légère comme un disque qui tournerait au ralenti.

B.P.S.22, Boulevard Solvay 22, Charleroi. Jusqu'au 4 novembre, du mercredi au dimanche, de 12 à 18h. Infos : 071.27.29.71 et Web www.bps22.hainaut.be

© La Libre Belgique 2007