Arts et Expos

Première grande exposition des photographies d’Ai Weiwei en Belgique, à Anvers: avec 20.000 images.


C’était la foule jeudi, au musée de la photographie d’Anvers (le Fomu) pour la venue d’Ai Weiwei inaugurant sa première exposition solo en Belgique. L’artiste et activiste chinois qui vit désormais à Berlin, y présente ses dernières séries. Au total, 20000 photographies (vingt mille !), un torrent d’images mais cette abondance a un sens. Sur plusieurs murs, on découvre sa dernière série "Relating to Refugees", 17000 petites photos prises sur smartphone et collées bord à bord, prises par l’artiste dans les 23 pays et 40 camps de réfugiés qu’il a visités. L’abondance même de ces images est pour lui une manière de souligner que le problème n’est pas une "simple crise des réfugiés" mais "une catastrophe humanitaire mondiale" qui nous concerne tous. Au centre de cette mer d’images, comme dans un zoom, des visages agrandis de réfugié irakiens yézidis rappelant que c’est d’abord un drame humain.

La devise d’Ai Weiwei est "Art is Life and Life is Art". Il a compris qu’une œuvre est ce que l’artiste pose comme œuvre, fut-ce une roue de vélo ou un urinoir. Dès lors, Ai Weiwei fait de sa vie, de ses combats et de ses idées, des œuvres. "Je suis mon propre ready-made", dit-il.

© courtesy of Ai Weiwei studio

Né en 1957 à Pékin, sa notoriété internationale et ses combats contre Pékin ont vraiment commencé après le tremblement de terre au Sechouan en 2008 quand les autorités ont tenté de minimiser leurs responsabilités. Avec courage et obstination, il a mené l’enquête et a exposé la liste interminable des 5 000 écoliers morts parce que leurs écoles avaient été mal construites à cause de la corruption.

L’artiste voit dans l’appareil communiste "une culture de gangster". Il a aussi compris qu’Internet, Facebook, Twitter (il écrit 40 000 tweets par an) devenaient des armes de la contestation et lui donnaient une notoriété en Chine et à l’étranger l’autorisant à défier le régime.

Avec le printemps arabe, les autorités chinoises avaient pris peur. Après avoir détruit son studio de Shanghai, elles interpellaient le 3 avril 2011 et pendant 81 jours, il fut mis au secret, déclenchant une intense campagne de mobilisation du monde de l’art. Les autorités lui confisquèrent ensuite son passeport pendant 600 jours. Depuis, il ne rentre plus en Chine et son activité d’artiste et d’activiste des causes mondiales a redoublé. Il « veut écarter les limites », dit-il.

Jambe-fusil

Une série à Anvers montre les photos prises des surveillances kafkaïennes dont il fut l’objet en Chine: micros cachés dans les prises, webcam qu’il installe dans son atelier pour réagir ironiquement aux caméras qui le surveillent, etc. Suivi discrètement, il retourne son smartphone sur ses surveillants et poste tout sur Instagram et Twitter. Il utilise à merveille les réseaux sociaux.

© courtesy of Ai Weiwei studio

L’arme d’Ai Weiwei est souvent l’autodérision. On montre à Anvers sa série célèbre "study of perspective" où son bras fait un doigt d’honneur devant les principaux monuments du monde, à commencer par la place Tiananmen. Il envoie chaque jour des selfies documentant sa vie avec un humour décapant, et on le suit en compagnie aussi bien de Madonna que d’inconnus ou sur la chaise du dentiste. Esquissant un mouvement de lever la jambe comme si c’était une arme (un geste tiré du ballet de Mao, "le détachement féminin rouge"), il déclenche une déferlante de gestes similaires à travers le monde (on le voit à l’expo).

Dénonçant tous les abus, sans peur des autorités, avec courage, ironie et poésie, son art n’est pas là uniquement pour interpréter le monde, mais pour le changer.

Ai Weiwei, Mirror, au Foto museum à Anvers, jusqu’à 18 février.