Arts et Expos Au centre culturel de Namur, deux plasticiens croisent leurs œuvres.

Cela ne s’invente pas, la rue qui mène à l’exposition se nomme "Traverse des Muses"… Soit la référence à l’inspiration artistique issue de la mythologie grecque ! Pouvait-on imaginer meilleure introduction à une proposition de rencontre de deux plasticiens, non pas dans un duo rassembleur mais dans un "One + One" initié par Yves Depelsenaire, psychanalyste et amateur d’art, qui précise d’emblée que "le + s’y offre à toutes les lectures […] sauf le parallèle ou, pire, l’identité". Ce qui ouvre l’horizon de nos propres interprétations. Et il ajoute que les deux protagonistes : Marcel Berlanger (1965) et Evariste Richer (1969), "déjouent subtilement la mesure de leur langue commune : l’espace". Nous voilà donc confrontés à une série d’œuvres vis-à-vis desquelles nous aurons à exercer notre perception sur les images proposées, figuratives ou abstraites, réalisées par les artistes ou empruntées et mises en exergue.

Excellemment mise en scène, l’expo favorise un vrai plaisir de la découverte. Elle peut se visiter sans préparation mais on aura vite compris qu’elle foisonne de références, à commencer par le titre emprunté à un film de Godard. Quant à la peinture d’accueil signée Berlanger, elle est un portrait troué de Cécile de France, actrice de cinéma… originaire de Namur, ville où se tient l’expo. Ainsi, des connexions libres vont se croiser tout au long du parcours. Et l’enrichir. Sans dénaturer la démarche de chacun. La seconde œuvre, d’Evariste Richer, assez spectaculaire par sa superficie au sol, est un paysage créé par assemblage de dés. Et voilà d’un coup (de dés), Mallarmé et Broodthaers convoqués. Des poètes !

Images poétiques

Dans cette perspective, la suite s’engage sur un terrain fertile pour la vision et l’esprit car l’intérêt de ce qui est donné à voir en tant qu’œuvre d’art va dépendre essentiellement de notre pouvoir de perception et de notre propension à considérer à la fois l’origine et la portée des photos, peintures, films… En multipliant les sources, naturelles (des grêlons, une planche, un perroquet), en faisant intervenir les sciences (météorologie), la mesure (mètre), des objets (cartes à jouer), des peintures et dessins de paysages ou d’animaux, on se focalise sur le pourquoi de l’apparition de ces sujets, on établit des liens variables et personnels, on élargit notre champ d’approche et finalement on est amené à considérer les œuvres sous divers angles dont le poétique n’est pas le moindre. Et l’on rejoint l’art, la beauté et Mallarmé.


--> "One + One". Jusqu’au 25 mars, du mardi au dimanche de 14 h à 18 h, aux Abattoirs de Bomel. 18 Traverse des Muses, 5000 Namur. Infos : www.centrecultureldenamur.be.