Arts et Expos

Consacrée à Andres Serrano, l’exposition qui vient de s’ouvrir aux musées royaux des Beaux-Arts est simplement sublime. D’évidence, on y a mis les moyens et, pour le coup, cela nous donne un événement d’envergure internationale. Pourtant, ce n’était pas gagné d’avance car la réputation sulfureuse du photographe new-yorkais était un piège à facilités. Les organisateurs auraient pu nous arranger un petit scandale, fût-ce par la communication, or manifestement c’est bien l’envie d’une collaboration avec l’artiste plutôt qu’un coup médiatique qui les a motivés.

Choqué

En l’occurrence, une commande sous forme de résidence à Bruxelles sur la thématique des sans-abri (voir ci-contre). C’est le résultat de ce travail sous forme d’affiches qui ouvre le bal de ce qui s’avère en fait une ample rétrospective. Juste en face de ces images, une ligne du temps rappelle les étapes importantes d’une carrière débutée à la fin des années 80 par une controverse "entre bataille politique et fait de société", comme la qualifie Quentin Bajac dans le catalogue. C’est l’affaire du "Piss Christ" dont le titre plus que l’image avait choqué la National Federation for Decency, une association religieuse ultraconservatrice du Mississippi. Par un lobbying coriace, celle-ci était parvenue à trouver des alliés au Congrès pour dénoncer la manière dont les crédits publics étaient attribués aux artistes. Si Serrano n’avait pas dit qu’il s’agissait d’urine, nul ne se serait ému de son image d’un crucifix baigné de la belle lumière d’un liquide jaune. Mais pour lui, il n’y avait pas de raison de louvoyer car il s’agissait là du prolongement d’une série sur les fluides humains, d’une interrogation continuelle chez lui sur ce qui participe de la vie.