Apollo, galerie pilote des années 40-50

Roger Pierre Turine Publié le - Mis à jour le

Arts et Expos

S'il est aujourd'hui de notoriété publique que l'art belge de la seconde moitié du XXe siècle s'avéra, pendant et au sortir d'une guerre pourtant dure à vivre et à digérer, fécond, il est captivant d'en retrouver une image appropriée à la faveur d'un hommage justifié. Tel est le cas avec l'exposition que nous offre la Galerie Group 2, laquelle peut s'enorgueillir d'une belle amitié avec Suzy Otlet, la veuve du fondateur de la fameuse Galerie Apollo, Robert Delevoy.

Auteur de nombreuses monographies importantes de créateurs de chez nous et, plus tard, directeur de La Cambre, il était un jeune homme qui y croyait quand il se décida, dès 1941, à réunir autour de lui une pléiade d'artistes dont il avait cru saisir le talent naissant. Il eut le nez fin, en effet, quelques solides pointures du groupe demeurant, un demi-siècle après, des références de notre création nationale, un Van Lint, un Bertrand, un Mendelson, un Alechinsky, entre autres.

Alors que des promoteurs d'art s'étaient, avant lui, attelé à la défense des Expressionnistes ou des Surréalistes, Delevoy prit fait et cause pour les conquérants d'une différence revendiquée: à peu de choses près, la défenestration de la peinture de papa! La grande aventure d'Apollo fit merveille de 1941 à 1953 environ, Delevoy relayant et prolongeant les manifestations du groupe Apport, qui avaient d'abord été accueillies au Palais des Beaux-Arts.

Les temps étaient durs. Mais la foule fut au rendez-vous d'expositions alliant de grands noms du début du siècle à la jeune vague récalcitrante. Si l'occupant nazi jugea comme de coutume l'entreprise `dégénérée´, l'aventure d'ailleurs multiple - concerts, conférences, récitals de poésie, spectacles - perdura, confortée par l'édition d'une revue qui fustigeait la frilosité des institutions publiques (rien n'aurait-il changé de nos jours ?). Et quand on vit éclore, en 1945, le mouvement de La Jeune Peinture Belge, les artistes d'Apollo étaient à la barre pour y défendre un art vivant, auquel devaient bientôt aussi souscrire les membres de Cobra. Quelle aventure!

Documents précieux

La tâche des galeristes ne fut point aisée! C'est en recourant à des dizaines de collections privées qu'ils ont réussi à concocter un ensemble qui a de la tenue. Et qui a du tonus, parce qu'il est varié et explicite avec ses photos et documents d'époque, et qu'il met en évidence les qualités et particularités de personnalités à la fois disparates et soucieuses de tendre toutes vers cette affirmation d'une peinture libérée des routines et contraintes académiques.

Si un bon nombre des tableaux épinglés datent de l'époque d'Apollo et c'est un plaisir de les retrouver, d'autres plus récents témoignent utilement de la `carrière´ au long cours de créateurs qui ont évolué avec leur temps et parfois souscrit depuis à d'autres expériences plastiques. Représentant les artistes étrangers invités d'Apollo, le Français Edouard Pignon est de la fête.

Décédé il y a quelques années, celui qui fut un compagnon de Picasso nous revient avec `Deux marins à Ostende´ (1948), d'une touche solide. Partagées entre figuration et abstraction, les toiles et gouaches se complètent en fait dans une joyeuse et féconde anarchie d'émotions et représentations visuelles. Etonnants ce `Paysage congolais´ de Floris Jespers et cette rare `Composition abstraite´ très colorée de Pol Bury (1951), ces `Avondkoren´ pulpeux d'un Mendelson. De ludiques Mig Quinet, de puissants Mortier, des Bertrand, des Van Lint, Bonnet, Boulez, Cox, Peire, Milo, Collon, Thienpont.

Et une encre d'Alechinsky de 57 dédiée `à Robert Apollo Delevoy´ : la messe est dite dans la ferveur et en toute simplicité.

© La Libre Belgique 2003

Roger Pierre Turine

Facebook

Ailleurs sur le web

Les + consultés de la semaine

  1. 1
    Les délires s’emparent de Chassepierre

    Pendant tout un week-end, les déséquilibrés, aliénés et tarés en tous genres prendront le contrôle du village. Bien entendu, tout cela se fait avec l’accord, et souvent même avec l’aide bénévole, des habitants. Le festival présentera de nombreuses ...

  2. 2
    Quand Pierre Debusschère dénude les Bruxellois

    Un jour, Beyoncé t’appelle et te demande si tu peux être, le lendemain, dans un hôtel, à Paris. Et là, forcément, Pierre Debusschère dit oui. Et quand, après avoir rencontré le directeur artistique de la méga pop star mondiale, avoir dit quel ...

  3. 3
    Le coup de foudre de Max Ernst pour Leonora Carrington, 26 ans plus jeune que lui

    Max Ernst (1891-1976), peintre, dessinateur, graveur et sculpteur, artiste clé du dadaïsme, du surréalisme et, plus globalement, des arts du XXe siècle fut aussi un grand amoureux des femmes.

    (...)

  4. 4
    Dans la psyché de Tim Burton: visite dans les coulisses d'une exposition internationale de premier plan

    Depuis ce mercredi 15 août, le site C-Mine à Genk accueille "The World of Tim Burton". Visite dans les coulisses d’une exposition internationale de premier plan. Où, au-delà du cinéaste, on découvre un immense créateur d’univers visuels.
    ...

  5. 5
    Un avant-goût du futur AfricaMuseum

    Le Palais d’Egmont lève un coin du voile sur la présentation du futur musée. Le 8 décembre, après cinq ans de travaux, le musée d’Afrique centrale à Tervuren rouvrira ses portes sous le nouveau nom d’AfricaMuseum. (...)

cover-ci

Cover-PM