Arts et Expos

Pierre Puttemans, qui joua un si grand rôle dans la défense de notre patrimoine architectural, définit bien l’œuvre de Luc Van Malderen dans le livre qui lui est consacré aujourd’hui : "Il poursuit son grand bonhomme de chemin, loin des écoles et des tendances, mais près des songes qui nous hantent à la vue des belles-fleurs, des familistères, des chalands, des drapeaux et cocardes et des petits poissons qui font sagement le tour de leur bocal".

Depuis 40 ans, Luc Van Malderen porte un regard singulier sur l’architecture et le patrimoine industriel tout spécialement. Il l’inventorie, le collectionne (il a 6000 cartes postales de l’architecture américaine du début du XXe siècle, il a pris 15000 photos du patrimoine industriel), crée une formidable mémoire des formes dont il tire une grammaire et un langage. Il réalise des œuvres très graphiques, oniriques, d’apparence simples, mais qui parlent d’architecture. De la réalité des bâtiments, dérive chez lui un vaste imaginaire des formes et des couleurs.

Drôles de petites maisons placées sur roues, usines dont les tours deviennent autant de pattes, bâtiments ramenés à un réseau quadrillé de lignes, bateaux imaginaires sur lesquels on voudrait embarquer, tours mobiles. Tout fait farine au moulin: de l’architecture antique de Hiérapolis au plus contemporain. Luc Van Malderen est un boulimique d’images.

Il montre la ligne et sa beauté, il use de la perspective cavalière autant que de l’humour (il faut lire les titres de ses œuvres, pleins de fantaisie, souvent des oxymores par rapport à l’œuvre).

Le Civa, à Bruxelles, rend hommage à Luc Van Malderen par une ample expo qui complète le livre qui vient d’être édité reprenant son parcours. C’est Jean-Pierre Hardenne, un ancien de La Cambre parti à Montréal, qui en est le commissaire. Il a placé au centre des salles, les toiles acryliques des années 70 sur "Le grand dossier de l’architecture". Autour, sont accrochées ses peintures sur papier et dans le couloir, des suites de sérigraphies, y compris celles reprenant les formes de l’architecture industrielle à la manière des Becher, les photographes allemands emblématiques de ce courant.

Luc Van Malderen, né il y a 80 ans, fut longtemps titulaire de l’atelier de communication graphique à La Cambre. De ce métier de graphiste il a gardé l’idée de la ligne et de la simplification. Il fut un des premiers (le premier ?) à parler de sémiologie, c’est-à-dire à voir dans les images, un langage de signes. Avec Pierre Puttemans et d’autres, il se battit pour la préservation du patrimoine.

"Mon travail, nous dit-il aujourd’hui, tourne autour de la représentation de l’espace et de l’architecture. L’architecture, c’est l’espace et la lumière. Tout pour moi est architecture. Je m’intéresse autant à l’architecture contemporaine qu’à l’ancienne, une vieille ferme peut être pour moi, aussi extraordinaire qu’un bâtiment contemporain."

Luc Van Malderen ne se prend pas pour un architecte : "Je suis un fabricant d’objets qui représentent l’architecture via de fausses projections obliques, des schémas élémentaires, des configurations aléatoires, des volumes naïfs. Les couleurs identifient des plans et simulent le volume et je gomme l’environnement. Ceux qui aiment voyager voyagent, les autres posent des questions. Et je réponds je ne suis pas un architecte, mais je représente volontiers l’architecture via de fausses projections obliques, des configurations aléatoires."

Les dessins de Van Malderen ont cependant quelque chose à dire à l’architecte. Ils apprennent la ligne, la reconstruction, la fantaisie, la représentation iconique, la typologie. D’autres ont travaillé aussi à des architectures jamais réalisées, d’Aldo Rossi aux Anglais d’Archigram. L’artiste a une liberté que l’architecte ne peut avoir. Et Luc Van Malderen jette des ponts entre les disciplines sans pour ça trop se prendre au sérieux. Son livre est rempli d’aphorismes rigolos : "Pour voir l’espace, il faut l’encombrer"; "L’architecture est un truc pour représenter l’espace avec commodité en négociant les subterfuges, les simulacres, les artifices et les leurres"; "Il ne suffit pas d’avoir de beaux restes pour faire de beaux rêves". Et cette perle : "C’est en pensant qu’on devient pansu".

L’expo présente aussi pour la première fois, les sculptures en 3D et en terre cuite que Michel Michiels a réalisées à partir des dessins de Luc Van Malderen.

"Vers l’architecture, Luc Van Malderen", jusqu’au 30 septembre, au Civa, 55, rue de l’Ermitage, 1050 Bruxelles. Du mardi au dim, de 10h30 à 18h30.