Arts et Expos

Au Wiels, une riche exposition autour de l’art en 1989, au départ uniquement des collections privés belges.

Le Wiels à Bruxelles, en dehors d’expositions monographiques, propose des expos-réflexions sur ce que pourrait être un musée d’art contemporain à Bruxelles. L’an dernier ce fut -formidable- « Le musée absent ». Cette fois, plus restreinte mais passionnante, une exposition revient sur l’art dans le monde autour de 1989, année charnière, avec 70 oeuvres d’une quarantaine d’artistes.

L’autre caractéristique est que toutes ces oeuvres, souvent importantes, sont prêtées par des collectionneurs privés belges. La Belgique a la réputation d’avoir le plus nombre de collectionneurs par tête d’habitant. Mais ce grand patrimoine reste souvent invisible.

Dirk Snauwaert, directeur du Wiels, a pris contact avec une trentaine de ces collectionneurs « mythiques » leur demandant une liste de leurs oeuvres datant de la fin des années 80 et début 90. Au départ de cela, il a conçu l’expo. Tous ont accepté et cet ensemble forme un vrai chapitre d’une histoire de l’art contemporain en Belgique et dans le monde.

A la Centrale, à Bruxelles, une idée semblable a donné l’excellente expo « Private Choices » encore en cours et l’idée d’utiliser peut-être l’espace Vanderboght pour y exposer à l’avenir les oeuvres des collectionneurs.

Réponse

Même si ce n’est jamais dit, cette expo qui s’ouvre au Wiels au moment d’Art Brussels, est aussi une réponse à l’absence de musée d’art contemporain et à la construction prochaine d’un pôle culturel Kanal-Centre Pompidou.

En visitant cette expo au Wiels, on est frappé que le futur Kanal est (à ce stade du moins) une extension du Centre Pompidou, dirigé sur le plan artistique depuis Paris, et payé cher pour cela. Quasi toutes les oeuvres qui seront présentées à Kanal à partir du 5 mai viennent de France sans qu’on ait tenté (encore?) de se nourrir de ce riche terreau des collectionneurs belges ni de l’expertise et l’expérience des acteurs bruxellois de l’art contemporain comme le Wiels (dont on sait pourtant que le bâtiment appartient à la Région bruxelloise, promoteur de Kanal). Cea acteurs importants n’ont jusqu’ici bénéficié en rien de la manne envoyée à Kanal et au Pompidou.

Les ministres de la Culture, Alda Greoli et Sven Gatz qui soutiennent cette expo au Wiels, veulent aider en demandant au ministre de finances fédéral que le tax shelter (exonération fiscale) soit applicable aux expositions aussi.

1989, charnière

Retour à l’expo: 1989 fut une année charnière. Ce fut celle de la chute du mur de Berlin, de la création d’Internet, de l’expo « Les magiciens de la terre » à Paris qui faisait entrer l’art du monde dans l’art contemporain. Alors aussi, Jan Hoet créait une formidable dynamique en Belgique.

A cette époque, l’art partait dans toutes les directions, ne se réclamant que de lui-même sans plus d’idée d’avant-garde. Cette diversité extrême se retrouve dans l’expo, où on peut voir des oeuvres s’inspirant de la vie quotidienne comme Richard Prince photographiant les affiches Marlboro, Katharina Fritsch célébrant le « Marchand », comme un « démon » rouge ou Jeff Geys en artiste post-Pop, faisant d’une banane un objet fétiche. Plus loin, un bel ensemble est consacré à Jimmie Durham et David Hammons, cher à Jan Hoet, qui amena la culture populaire, voire les déchets, vers le « grand » art.

© Jean-Michel Basquiat (Cr�dit: Philippe De Gobert)

On admire aussi un grand tableau de Basquiat, des sculptures de Robert Gober ou Thierry De Cordier, des photographies de Jeff Wall, Cindy Sherman ou Nan Goldin, l’art des Congolais Cheri Samba et Isek Kingelez, etc.

Il faut prendre le temps de détailler ces propositions multiples et pas toujours simples. Comme celle pure et forte de Felix Gonzalez-Torres: deux simples anneaux de métal sur un mur, deux alliances agrandies qui se touchent. Symbole d’amour, de contact des corps, mais aussi du sida que cela peut causer et dont l’artiste est mort. Ces deux cercles forment le signe de l’infini.

© F�lix Gonzales-Torres: Perfect Lovers 1995 (Cr�dit: Philippe de Gobert)

« Unexchangeable », au Wiels, à Bruxelles, jusqu’au 12 août.