Arts et Expos

Si Bruxelles rêvera encore longtemps d'avoir son musée d'art contemporain, dès l'ouverture prochaine de Wiels il ne sera plus en manque de lieux consacrés à la création actuelle d'autant plus que le nombre d'excellentes galeries d'art n'a cessé de croître. Après une période de travaux d'agrandissement et de restauration qui se poursuivent d'ailleurs hors de toute intervention superflue par le bureau d'architectes hollandais MVRDV, Argos a réouvert son lieu dont la superficie utile aux expositions a plus que doublé. Elle compte désormais, 800 m2 sur deux étages.

Ce nouveau dispositif, dans un ancien bâtiment industriel remis à nu et peint en blanc, offre dorénavant de multiples possibilités d'expositions. Depuis son ouverture, Argos, centre d'art financé principalement par la Communauté flamande, mais aussi par la VGC de la Région de Bruxelles-Capitale, ponctuellement par la Ville de Bruxelles et modestement par la Communauté française, s'est donné une orientation spécifique en matière d'art actuel : les nouveaux-médias, de la photographie aux techniques les plus sophistiquées. Centre d'exposition, Argos est aussi un centre d'archivage comptant un fonds de 2 500 films et vidéos, pratiquant aussi la restauration d'oeuvres anciennes et la numérisation, un centre de diffusion et un centre d'information avec bibliothèque spécialisée rassemblant 3 500 publications.

Un lieu qui a su se donner une identité propre et où s'accomplit un travail conséquent de premier plan tant pour les artistes que pour le public, les professionnels en la matière, les historiens, les étudiants.

Son & images

Désormais le secteur artistique du lieu a été confié à une nouvelle directrice, Katarina Gregos, responsable principalement des expositions et des manifestations qui animent régulièrement le centre d'art ou se réalisent en partenariat hors les murs. Ainsi, la partie cinématographique, et l'on parle de film d'auteurs et/ou d'artistes et expérimentaux, trouve une concrétisation soit au Musée du Cinéma, soit à l'Arenberg dans la série Ecran d'art. On y a vu récemment les films de Robert Frank, de Roy Villevoye & Jan Dietvorst, de Richard Serra ou de Jean-Marie Straub & Danièle Huillet.

En interne, le cinéma autant que la vidéo trouvent refuge dans la Black Box, petite salle de projection quasi permanente où l'on peut voir jusqu'au 23 décembre une oeuvre de Vito Acconci, ensuite jusqu'au 6 janvier la dernière réalisation de Vincent Meessen, avant Songdelay, une oeuvre de 1973 de Joan Jonas (jusqu'au 20 janvier). On ajoutera des présentations d'un soir, des premières, des lectures, des rencontres avec artistes, et même des concerts dans la gamme des recherches sonores actuelles brassant large, du free-jazz à l'électro-acoustique en passant par les manipulations de vinyles réalisées par les Bruxellois Xavier Garcia Bardon et Clément Laloy.

Deux expositions marquent l'ouverture des nouveaux lieux et indiquent d'emblée que tous les moyens d'expressions seront de la partie suivant les thématiques abordées. Au rez-de-chaussée, Being in Brussels rassemble treize artistes étrangers ayant choisi de s'installer à Bruxelles pour y travailler. Une juxtaposition d'interventions qui est une manière de souligner la multiculturalité bruxelloise. Ce n'est ni le dialogue ni le métissage qui sont pointés mais des individualités.

La plupart des participants interviennent en des fictions critiques à caractère social ou politique que l'on pourrait presque résumer par l'inscription de Dora Garcia Reality is a very persistent illusion ou par cette phrase issue du film de Jimmy Robert Je n'ai plus d'opinion, tant de Kendell Geers à Jota Castro en passant par Pierre Bismuth ou Orla Barry, les questions soulevées sont incisives. A l'étage, l'exposition solo est consacrée à l'artiste bruxelloise Joëlle Tuerlinckx (1958) qui en une vaste installation crépitante d'images en mouvement entend questionner "les marges entre l'objet et le vide". Une visualisation hermétique excluant la représentation, seul le temps s'écoule.

Being in Brussels. 13 plasticiens contemporains. Les films eux-mêmes : Joëlle Tuerlinckx par Willem Oorebeek. Lecture du travail de cette artiste le 18 janvier à 20h. par Michael Newman. Argos Centre for art and Media, 13 rue du Chantier, Bruxelles. Expositions jusqu'au 20 janvier. Du ma. au sa. de 12 à 19h.